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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 12:03

Histoire du patrimoine de la Ville d’Yvetot

 

La mosaïque de pavement

 

de l’Hôtel de ville d’Yvetot (1922)

 

 

D’après les entretiens et propos recueillis en 2009 auprès de Jacqueline Lefebvre, fille de M. Festa Giovanni, elle-même ancienne maire-adjointe de la ville d’Yvetot sous les mandats de Pierre Bobée (1959-1995), de son fils Jean-Jacques Lefebvre en 2021,

ainsi qu’auprès d’Éric Dente petit fils de Silvio Dente

Pascal Levaillant, janvier-juin 2022

Cet  article est susceptible d'évoluer en fonction de mes recherches en cours.

M.Dente Silvio et M.Festa Giovanni ont été les artisans de la réalisation de la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot.

Concernant les motifs de cette mosaïque de pavement, le végétal est interprété au milieu du pavement entouré de divers motifs géométriques à l’aspect décoratif.

 

La mosaïque de pavement  est restée longtemps une énigme d'autant que les archives municipales d'Yvetot sont muettes à son égard :  pas même l'ombre d'une archive la signalant, pas l'ombre d'un artisan la mentionnant.

Lorsque je me suis intéressé à cette mosaïque en 2008, personne n'a pu à ce moment me renseigner. Puis à la rencontre de René Gilles, celui-ci m'a informé que Jacqueline Lefebvre en savait bien plus que lui sur ce sujet. J'ai donc rencontré et interviewé Jacqueline Lefebvre à son domicile rue Clos des Parts à Yvetot en 2009.

- Si les archives peuvent rester muettes, les hommes le sont moins et c'est surement cela l'essentiel. -

Avant-propos et repères historiques à propos de la mosaïque à travers les âges.

Avant d'évoquer et de décrire le contexte qui a présidé à cette mosaïque de pavement de l'Hôtel de ville d'Yvetot réalisée peu avant 1922, je voudrai vous faire découvrir très brièvement l'histoire de la mosaïque.

La première mosaïque date du 4e millénaire avant J.-C. réalisée en petit cônes de terre cuite conservée au Muséum de Berlin - Mosaïques du temple Stone-Cone dans le district d'Eanna à Uruk IV, exposées au musée de Pergame à Berlin, en Allemagne.

La mosaïque de pavement a été appliquée sur le sol ce qui est connu depuis l'antiquité en Grèce et autour du bassin méditerranéen : c'est l'image qui surgit au sol de l'assemblage des pièces de céramique, de terre, de tesselle en céramique, de galets, de marbre posées et assemblées. 

A partir du 3e siècle après J.C., l’art de la mosaïque est largement diffusé par les Romains autour de la Méditerranée.
Dans notre région de la Normandie, en Seine-Maritime, la mosaïque antique est connue et présente notamment à Lillebonne (Juliobona), aux Andelys, en passant notamment par les contrées de la forêt de Brotonne, d’Elbeuf

Depuis, au cours des deux derniers siècles, la mosaïque a été appliquée sur quelques édifices religieux comme à Rouen, à Lisieux…

Quant à la mosaïque contemporaine dans notre région, on peut admirer des formats et des fresques notamment à Varengeville-sur-Mer, à Louviers, à Neuville-les Dieppe…
En revanche, à Yvetot, la mosaïque de pavement de l'Hôtel de Ville reste assez méconnue.

Peu valorisée jusqu’à ce jour, voici son histoire.

1922, le nouvel Hôtel de Ville

Conçu par W. Cargill et Franche, architectes, le nouvel Hôtel de Ville vit le jour et fut inauguré en grande pompe en 1922.

William Cargill avait auparavant conçu  l'hôtel de Ville de Montivilliers (inauguré le 18 juin 1911.

« Avant 1914 la municipalité doit se résoudre à la création de l'actuel édifice qui fut placé devant le précédent...

Après la guerre, les travaux reprennent, et le lundi 3 mai 1920 le nouvel et actuel Hôtel de Ville est ouvert au public. Il sera inauguré, le 4 juin 1922 en présence de Henry Cheron, ministre de l'agriculture, et de M.Bocheux, maire et conseiller général d'Yvetot.[1] »

 

[1] Extraits du guide d'Yvetot, 1976 et guide d'Yvetot 1992, Archives Municipales

 

 

La mosaïque de pavement de l'Hôtel de Ville d'Yvetot visible au premier étage a été réalisée vraisemblablement entre 1919 et 1920. Néanmoins l'édification de la Mairie a commencé en 1913-1914. Les travaux  furent interrompus pendant la Grande Guerre. Les travaux reprirent après-guerre jusqu'à son achèvement en 1920-1921

 

 

Bref historique chronologique des grandes étapes et évènements de la Ville d’Yvetot

Cet édifice a remplacé l'ancien, situé à proximité celui qui existait auparavant.

Le premier bâtiment de l’Hôtel de Ville « est édifié en 1832, sur l’initiative du maire de l’époque, monsieur Bourdon-Bénard […] Auparavant et postérieurement à la Révolution, la mairie fut installée dans une maison qui appartenait à la famille d’Albon et où fut célébré le 26 juin 1793 le premier mariage civil : celui de Pierre Montier et Marie Victoire Bucaille. »[1]

Yvetot 1904[2]

 
 

[1] In : Mémoire en Images- Yvetot Laurence Abensur-Hazan, aout 2007, Editions Alan Sutton - St Cyr-sur Loire, p.70 et 71.

[2] Avec l’aimable autorisation de Michel David, cartes postales anciennes de sa collection

Yvetot 1907

Yvetot 1908

Yvetot 1909

 

1920-1921 - Phase de démolition de l’ancien Hôtel de Ville[1]

 

En 1920[2]

La chronique locale fait état des décisions et des délibérations du Conseil Municipal, sous la présidence de M. Bocheux, maire.

« M. le Maire informa que, par décret du 7 février 1920, la ville est autorisée à emprunter la somme de 329,000 fr. pour achever la construction du nouvel hôtel-de-ville. Le Conseil vote un emprunt de la dite somme à contracter au Crédit foncier pour une période de 30 ans, au taux de 7,87 0/0 et nécessitant une imposition de 29 centimes 2/10. Le Conseil sera appelé à statuer en mai sur la réalisation d’un second emprunt de 71,000 fr.. »

 

[1] In : Archives Municipales de la Ville d’Yvetot.

[2] In : Réveil d’Yvetot, 3-6 mars 1920, archives de la médiathèque Guy de Maupassant, CCYN

Le lundi 3 mai 1920, le nouvel et actuel Hôtel de Ville est ouvert au public.[1]

Un peu plus tard à l’automne

« Notre vieille mairie va enfin disparaitre. Depuis jeudi matin, une équipe d’ouvriers des adjudicataires, M.M. Lapert et Foulard, de Paris, travaille à la démolition du vieil édifice branlant, depuis longtemps déjà dans un état lamentable. 

« Pendant que les uns enlevaient les fenêtres du bâtiment principal, d’autres ouvriers s’attaquaient au violon, situé en bordure de la rue de l’Etang et qui n’existe plus maintenant qu’à l’état de souvenir. Les travaux sont poussés activement et il est probable que la place de l’Hôtel-de-Ville sera complètement dégagée pour le Congrès du 7 novembre. On sait que c’est sur cette place que doit avoir lieu, ce jour-là, l’émotionnante cérémonie du « Salut au Drapeau », qui sera, en même temps, un salut au nouvel édifice communal pour lequel on ne pouvait rêver manifestation inaugurale plus grandiose »[2]

                Nouvel Hôtel de Ville, fin des travaux en 1921  et  l’Hôtel de Ville avec plus tard le Monument de la Victoire (1923-1924)

Fin des travaux 1921 après la fin de la démolition de l’ancien hôtel de Ville.


[1] Extraits du guide d'Yvetot, 1976 et guide d'Yvetot 1992, Archives Municipales

[2] In : Le Réveil d’Yvetot, 23 octobre 1920, archives de la médiathèque Guy de Maupassant, CCYN.

Cadran d’horloge vu de l’intérieur du grenier de l’Hôtel de Ville

Crédit photo, Pascal Levaillant, 2006

« Les travaux de pose de l’horloge du nouvel-Hôtel, de Ville, commencés lundi dernier, ont été achevés jeudi soir. L’horloge a été aussitôt mise en mouvement. La démolition de l’ancienne mairie est poussée très activement et ce soir samedi les derniers pans de mur seront à terre. Il ne restera plus qu’à opérer l’enlèvement des matériaux et le nivellement de la place. »[1]

 

La mosaïque de pavement semble avoir été posée entre 1919 et 1921. c'est une mosaïque de près de 80 m2 qui  a été posée par Giovanni Festa et Silvio Dente, cimentiers et mosaïstes italiens qui sont devenus yvetotais par la suite.

Crédit photo Dominique Clatot, avec son aimable autorisation

Comme le signale Didier Clatot[1] dans son opus consacré à Jean Hétru, né la veille de l’inauguration de l’Hôtel de ville en 1922 :  

« Le campanile n’existait plus en 1992 quand Jean Hétru réalisa à l’occasion du 70e anniversaire de cet Hôtel de ville un spectacle « pyromélodique », combinant son et lumière avec feu d’artifice. C’est ce campanile imaginaire qui témoignait de ce qu’il avait « entendu dire » : histoire des rois d’Yvetot, fondation de la République (14 juillet oblige) et de ce qu’il « avait vu » : manifestations sportives, culturelles, carnavals, etc… 7 décennies Jean Hétru illustrait de façon sonore ces évènements qui s’appuyaient sur des textes écrits et lus par Jacques Tanguy, historien, né à Yvetot. »

 

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20FiYVETOT10 - Yvetot, le nouvel hôtel de ville. 

Les élus d'aujourd'hui autour de Francis Alabert, Maire-Adjoint chargé des travaux, des relations avec les bailleurs sociaux et du personnel communal qui présidait cette commémoration en l'absence excusée d'Emile Canu, maire. Françoise Deniau parmi les officiels avait donné la veille une conférence autour de l’architecture du bâtiment.

Préparée par Mme Renelle, au rez-de-chaussée est encore visible une Exposition de l’Hôtel de Ville retraçant notamment la construction et l’évolution du bâtiment en association avec une exposition de croquis de l’Hôtel de Ville.

 

La mosaïque réalisée par Pascal Levaillant, encadrée par François Maletras, encadreur yvetotais, 

à l'occasion de l'anniversaire des 100 ans de l'Hôtel de ville d'Yvetot.


[1] In : Didier Clatot, Jean Hétru, Editions  Caravel Création, Fauville-en-Caux, 2017.

 

Le dévoilement

Francis Alabert, Virginie Blandin, Françoise Deniau et Alain Canac

 

symboles décoratifs  de cet Hôtel de ville : le chêne et l'olivier

 

 

En 2009, grâce à M. René Gilles, ancien Maire-adjoint à la Culture sous les mandats du Docteur Pierre Bobée, Maire d'Yvetot, cherchant à me renseigner sur l’origine de la création de la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot, M.René Gilles m’a invité à contacter Mme Jacqueline Lefebvre, fille de M. Festa, ce qui par la suite m’a conduit à contacter également la famille de M.Silvio Dente.

C’est ainsi que Mme Jacqueline Lefebvre m’appris que M. Silvio Dente et M.Giovanni Festa, son père avaient travaillé sur la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot et dans l'ancien Hôtel de Ville de Lillebonne devenu aujourd’hui Juliobona, musée Gallo-Romain. L'ancien hôtel de ville de Lillebonne fut construit en 1837, puis il fut agrandi à de nombreuses reprises dont de 1904 à 1906.  « Il répondait d'ailleurs au théâtre romain par un vocabulaire antique en façade qui lui valut le surnom de Maison Blanche [1]. »

 

Leur premier chantier : la mosaïque de pavement de l’ancien Hôtel de Ville de Lillebonne

Mosaïque du hall d’entrée de l’ancien hôtel de ville de Lillebonne (actuel musée Juliobona, le musée gallo-romain à Lillebonne) zoom 1 © Caux Seine agglo 2021

Est inscrite « dans le marbre » la mention suivante : Mosaïque composée d’après celle de Juliobona retrouvée ici en 1870 Liberté - Egalité - Fraternité – 1906.

A deux autres endroits de chaque côté de l’entrée principale figurent deux inscriptions.

En entrant dans le Musée, sur le coin gauche de l’entrée en pénétrant dans le hall est inscrit dans le marbre : O. Vedova[1] – mosaïste 4 Rue d’Amiens – Rouen et de l’autre côté dans le droit en entrant figure cette autre signature :  A. Lequeux – Architecte – Rouen.

On en peut en déduire que  Silvio Dente et Giovanni Festa ont été embauchés par Osvalde Vedova, mosaïste rouennais, maître d’œuvre pour exécuter les motifs de cette mosaïque de pavement.

 

 

[1] Ce mosaïste, maitre d’œuvre de cette mosaïque de pavement est répertorié comme artiste exposant des tableaux de mosaïque à l’exposition nationale et coloniale de Rouen en 1896. Il reçut une médaille d’argent à cette occasion. Catalogue officiel en vente à Rouen et à Paris, Catalogue. 121. In : https://archive.org/stream/expositionnation00expo_2/expositionnation00expo_2_djvu.txt et in : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/Exposition_nationale_%26_coloniale_de_Rouen_en_1896_-_catalogue_officiel_%28IA_expositionnation00expo_1%29.pdf

 

En 2009 et en 2021, la famille Festa-Lefebvre se souvient :

En 2009, Mme Jacqueline Lefebvre relate quelques souvenirs :

              « Tout comme M. Dente venu d'Italie pour trouver du travail sur la région du Havre, mon père Giovanni Festa s'est retrouvé sur les mêmes chantiers que M. Dente. Mon père s'est installé à Yvetot et de là il a su faire perdurer son activité. Il a contribué en qualité de cimentier à l'édification de monuments comme ceux de Latham à Caudebec-en-Caux, Nungesser et Coli à Etretat, Coste et Bellonte à Saint-Valery-en-Caux. »

Son père a résidé dans une maison en co-résidence avec M. Silvio Dente à Yvetot, maison construite par Dente et Festa dans laquelle les deux familles ont habité, chacun de leur côté.

 

               « Cette maison se trouve au carrefour de la rue de la Brème et rue Rodin à Yvetot. Aujourd’hui la façade n'a pas beaucoup changé, notamment du côté Dente, un peu plus côté Festa où des travaux ont été effectués, modifiant la symétrie de l'ensemble. »[1]

Giovanni Festa, le père de Jacqueline Lefebvre a travaillé également à la réhabilitation de l'ancienne Halle aux grains devenue salle de Théâtre et de Cinéma en 1925. Il a exercé, dit-elle, son métier de mosaïste et de créateur de granité dans des châteaux de la région, dans certaines maisons à Yvetot, dont celle de sa fille Jacqueline, rue Clos-des-Parts qu’elle m’a d’ailleurs fait visiter à l’occasion de nos échanges en 2009. Lors de cette visite de sa maison rue Clos des Parts, elle m’a donné des cubes de céramique polychrome qui ont appartenu à son père Jean (Giovanni)

Suite à ces interviews et à ces échanges avec Jacqueline Lefebvre, je rencontre une première fois Sylvie Hubé et Bruno Dente, deux des trois petits enfants de Silvio Dente. Souhaitant les recontacter en 2020, c’est la fille d’Eric Dente qui m’a orienté vers son père, le troisième petit-fils de Silvio Dente. 

M.Eric Dente a pu m’aider à compléter les informations recueillies en 2009 auprès de Bruno, décédé entre temps en 2015.

Ces personnes m’ont confirmé une partie des informations relatées par Mme Jacqueline Lefebvre.

En 2021, Jean-Jacques Lefebvre, fils de Jacqueline Lefebvre me transmet des documents de ses archives familiales.

N’ayant pu compléter mes informations par Jacqueline Lefebvre dans la dernière décennie, je suis allé à la rencontre de son fils Jean-Jacques.

Son fils m’a renseigné sur l’état civil de son grand-père Giovanni Festa.

Giovanni (Jean), Crescensino Festa est né en 1889 à Bornasco en Italie.

Arrivé jeune au Havre il a travaillé dans la région avec Silvio Dente avant de s’installer à Yvetot quelques temps après avoir achevé les travaux de mosaïque du chantier de construction de l’Hôtel de ville d’Yvetot.

Giovanni (Jean) a épousé Suzanne Callais avec qui ils eurent trois enfants : l’ainée Christiane (Sœur Marie Antoine) fut religieuse - née en 1924 décédée en 1942 ; la seconde fille fut Jacqueline que les yvetotais ont bien connu – née en 1927, décédée en 2020 et Michel lui est né en 1928, décédé en 1998.

La famille de Giovanni Festa s’installa rue de la Brème et plus tard rue Clos des Parts aux numéros 6 et 8.

Les maisons des 6 et 8, Rue Clos des Parts ont été entièrement pavées et réhabilitées par Giovanni avec son fils.

En 1968, Michel Festa – fils de Jean (Giovanni) - qui travaillait depuis tout jeune avec son père prit la succession de l'Entreprise FESTA et Giovanni cessa toute activité et pris une retraite bien méritée.

Jean (Giovanni) Festa est décédé en 1974 à Yvetot à l’âge de 85 ans.

Jacqueline Lefebvre, née Festa - avant de devenir la première maire-adjointe de Pierre Bobée jusqu’à son dernier mandat, de créer l’association ISA en 1988 qui intervient dans le domaine de l’insertion professionnelle sur le secteur Yvetotais et de fonder en 1994, rue des Chouquettes, VET NET – exerçait le métier de couturière tout en donnant des cours de couture - formation au CAP - dont beaucoup d’yvetotaises profitèrent.

Elle eut deux enfants dont un fils que j’ai rencontré pour cette occasion. Ainsi les photographies familiales m’ont été transmises par Jean-Jacques Lefebvre.

Crédits photos, Jean Jacques Lefebvre

 

[1] Citation de M. Eric Dente, septembre 2020

Giovanni  Crescensino Festa – Jean Festa

Giovanni, Suzanne Callais son épouse, la fille ainée qui fut religieuse, Jacqueline et Michel

Giovanni, Suzanne, Jacqueline et Michel

Giovanni, Suzanne, Jacqueline et ses deux enfants

Jacqueline devant la camionnette de l’entreprise Festa

Jacqueline et ses deux enfants devant l’entreprise Festa, rue de la Brême à Yvetot.

Vase colonne sur embase crée par Giovanni Festa (collection particulière)

Table en granito et mosaïque (tesselles en céramique) crée par Giovanni Festa

(Collection particulière)

 

Monument à Etretat en 1927 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé

Monument de Latham à Caudebec-en-Caux en 1928 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé

Monument de Coste et Bellonte à Saint-Valery-en-Caux en 1932 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé.  In :  Le Courrier Cauchois, Edition du 28/08/2015

La famille de Silvio Dente se souvient :

La famille de Silvio Dente se souvient :

M. Eric Dente rappelle que M. Silvio Dente est né en Italie en 1890 et il est décédé en 1959. A son arrivée en France a 13 ans il a travaillé à Nice puis très rapidement il est venu au Havre pour le travail en qualité de cimentier et de mosaïste pour travailler notamment au chantier de rénovation de l'Hôtel de Ville de Lillebonne. Il avait 14 ans. Ce chantier au rez-de-chaussée de l’ancien Hôtel de Ville s’est déroulé de 1904 à 1906. La mosaïque de pavement du vestibule est signée et datée à 1906.

Après le Havre Silvio travaillé sur des chantiers dans certaine maison d’Yvetot comme celle de Robert Lemonnier en 1909 et dans d’autres maisons de la rue du Calvaire et de la rue Carnot. Puis il s’est installé directement à Yvetot pour travailler notamment sur le chantier du nouvel Hôtel de Ville d'Yvetot.

Il a travaillé immédiatement dans les métiers du Bâtiment et sur les chantiers de maçonnerie ainsi que sur différents chantiers tels que le monument de Latham à Rétival en bord de Seine et dans des maisons pour la décoration intérieur (pavement).

Après quelques années, resté en Normandie, il s'est implanté dans la région. Il a créé sa propre entreprise que l'on connait encore aujourd'hui : les carrelages DENTE.

L'activité a évolué comme les hommes, comme les métiers souligne Éric Dente, un de ses petits-fils.

Le fils de Silvio, Gilbert, a travaillé avec lui à partir des années 1948-1949. Ils faisaient tous deux à cette époque du granito coulé sur place ainsi que des monuments funéraires.

A partir de 1958, peu avant le décès de Silvio, Gilbert a créé la manufacture de carrelages Dente.

Gilbert Dente a investi dans des machines pour fabriquer du carrelage en granito et des marches en granito que l’on peut trouver dans certains immeubles d’Yvetot construit à cette époque.

Il fabriquait également des dalles en marbre reconstitué.

 Gilbert a fourni notamment tous les carrelages et les escaliers des immeubles H.L.M. d’Yvetot.

Son cousin Michel Dente l’a rejoint dans les années 1960.

Gilbert Dente, fils de Silvio est décédé en 1990.

Éric Dente après avoir travaillé avec son père de 1977 à 1982 a quitté la région. En 1983 ce fut Bruno Dente qui remplaça Éric Dente et quand Gilbert Dente a pris sa retraite en 1985, Bruno a repris la société avec Sylvie jusqu'en 2011 reprise ensuite par Ér Dente et son fils Sylvain.

Puis récemment Éric Dente a pris sa retraite en 2019. Laura, La fille d’Éric Dente a est venue rejoindre son frère Sylvain.

Il s’agit donc actuellement de la quatrième génération à la tête de l’entreprise Dente. 

Eric le petit-fils de Silvio Dente accompagné de Laura et Sylvain Dente, ses enfants, septembre 2020, crédit photo Éric Dente.

 

1949

 

Activités de la famille Dente et de la famille Festa en 1949

In : Almanach 1949 du Courrier Cauchois, pages 6 et 31, collection privée

 

 

1967-1968

 

L’activité Dente à Yvetot

In : Annuaire d’Yvetot et de son canton, édité sous le patronage de la municipalité, Edition 1967-1968, archives Lapert

In : Annuaire d’Yvetot et de son canton, édité sous le patronage de la municipalité, Edition 1967-1968, archives Lapert

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

 

 

 

L’activité Festa à Yvetot en 1968

 

Jean Festa est Giovanni

Michel Festa est son frère, cimentier

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

L’activité professionnelle de Jacqueline Lefebvre, fille de Giovanni Festa

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

 

Arrêtons-nous sur les principaux motifs de la mosaïque de pavement

 

La mosaïque, fragments d’histoire.

Dans l’histoire de l’humanité on peut signaler les premières mosaïques datant du quatrième millénaire avant J.C.

Il s’agit de mosaïques de cônes.

On peut facilement considérer plusieurs âges en ce qui concerne l’avènement et le développement de la mosaïque.

L’incrustation de poterie était déjà connue à une époque très reculée chez les Sumériens, les Hittites.

à Uruk,  vers le 4e millénaire av J.-C. - période proto-urbaine - période d'Uruk récent - Mosaïque provenant d'un temple dédié à la déesse Inanna à Eanna près d'Uruk exposée à Berlin en Allemagne, Vorderasiatisches Museum (SMPK).

In : Mosaïque provenant d'un temple dédié à la déesse Inanna à ...https://www.photo.rmn.fr › archive

à Ur (Our) on peut dater les premières découvertes majeures sous l’aspect de panneaux en ivoire ou en nacre ornés de mosaïques : parcelles de lapis-lazuli scellées au bitume (mosaïque dite de l’étendard provenant des tombes royales d’Our, début du 3e millénaire avant J.C. (British Museum) L’étendard d’Ur est une œuvre sumérienne retrouvée dans ce qui était le cimetière royal de l’ancienne cité d’Ur (située dans l’actuel Irak, au sud de Bagdad). L’étendard d’Ur date d’environ 2650 avant J.C., il a été découvert par l’archéologue britannique Leonard Woolley dans les années 1920.

In : https://lewebpedagogique.com/etatsecritures/files/2017/06/3.3.-Nouvelle-activit%C3%A9-Ur.pdf

Peu employée en Egypte, la mosaïque devait connaître son plein essor en Grèce et dans l’empire romain.

La technique de l’appliqué fut utilisée en Egypte au moins dès le troisième millénaire avant J.C.. : on a retrouvé dans les tombes de cette époque des fragments de tissus, agrémentés de scènes comparables à celles des peintures de ces tombes, exécutées par application cousue de tissus de couleurs différentes. De même en Chine au VIIIème siècle avant J.C.

L’appliqué est un ouvrage constitué de pièces assemblées par superposition et cousues, débordant les unes sur les autres ou cousues sur un fond plus grand.

On peut entendre par « patchwork » un ouvrage fait de morceaux de tissus différents assemblés par couture, collage etc…en France on parle du patchwork comme une technique d’ouvrage fait de morceaux cousus bord à bord.

Fermant cette parenthèse, on s’aperçoit que ces formes d’agencements géométriques et décoratifs sont proches et ils ont en commun d’être nés dans la latinité, au bord du bassin méditerranéen.

Le vocable « mosaïque »

Le mot mosaïque viendrait des origines des « musaea », grottes naturelles ornées ou artificielles consacrées aux muses dans l’empire romain ornées au moyen de ce musivum opus (musium).

La mosaïque est devenue art musival : La mosaïque - musivale surtout - a produit des œuvres visuelles grandioses en couleurs et formes, qui, observées de loin, offraient une image).

Tentative d’interprétation des motifs du pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot

Ces motifs (antique et néo-classique) ont été souvent appliqués fin du 19e siècle- début du 20e siècle notamment intégrés au temps de l’Art Nouveau.

 

Les motifs de la mosaïque

Les variations des motifs sont soulignées par des techniques de pose afin d’accentuer les courbes, l’ondulation contenue dans la rigueur de l’opus regulatum.

Les motifs géométriques (tradition de l’antiquité) côtoient les motifs végétaux que l’on retrouve dans la mosaïque romaine.

En mosaique romaine il existe la technique de L'opus vermiculatum (du latin vermiculus , vermisseau) est une technique de mosaïque antique qui forme des lignes sinueuses, propres au dessin figuratif.

La technique de l’opus L’opus tessellatum (du latin tessella, cube, dé à jouer) est la forme courante de mosaïque antique. Cette technique de mosaïque convient bien aux dessins géométriques et est notamment employée pour les motifs de remplissage ou les fonds : Les tesselles sont disposées en rangées horizontales, mais sont décalées. 

Dans la technique de l’opus circulatum, les tesselles sont disposées en cercle afin de souligner le motif central ou à mettre en valeur.

Dans la technique de l’opus regulatum, les tesselles sont disposées régulièrement ;

Dans l’opus musivum, les tesselles du fond suivent les contours du motif afin d’apporter de l’énergie et du mouvement au motifs.

Les motifs végétaux semblent représenter soit les feuilles et baies du laurier, soir les rameux d’Olivier.

Le laurus nobilis est un motif comme on le voit dans des mosaïques de l’antiquité - Emblema de mosaïque avec des satyres Dionysos et entouré d'une couronne de laurier (Laurus nobilis). Rome. Italie - le laurier sauce (laurus nobilis) est peu représenté avec sa baie toutefois sa symbolique est censée représenter la paix et l’immortalité acquise par la victoire surtout par la sagesse et l'héroïsme, d'où l'origine de la couronne de laurier.

Mais l’antiquité a développé également les feuilles et fruits de l’olivier en rameaux avec ses fruits.

Dans le contexte d’après-guerre en 1918, on peut imaginer que la commande fut de recourir à la symbolique de l’olivier qui est souvent associée à « la paix retrouvée ».

Il est fréquent que les sculpteurs sur pierre ou que les décorateurs (mosaïstes) ont été inspirés de la symbolique des végétaux tout en s’amusant à les réinterpréter à leur façon, selon leur imagination avec parfois une grande liberté artistique et fantaisie.

En revanche pour celle qu’ils ont posé à Lillebonne, avant-guerre leur inspiration  assumée fut en rapport avec les motifs et la symbolique de la  mosaïque de Juliobona découverte à la fin du 19e siècle, exposée à Rouen au Musées Beauvoisine.

 

 

Entrelacs et hexagones

 

Autres entrelacs

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Hexagones et cubes 

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

Motif de large tresse polychrome, motif récurrent en France gallo-romaine

 

Opus regulatum encerclant un motif floral

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Rameaux d’olivier

Crédit photo, Pascal Levaillant 2018

Autres rameaux d’olivier (feuilles et fruits)

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

Motifs encadrés par des alignements opus regulatum

Enroulement de rameaux

 

Composition végétale entourée d’opus vermiculatum

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Zoom sur un médaillon opus circumactum

Crédit photo, Pascal Levaillant 2018

 

Texte conçu et réalisé par Pascal Levaillant images et documents d’archives recherchés et rassemblés par Pascal Levaillant

2010-2022

 

Remerciements à

René Gilles ; Jacqueline Lefebvre et Jean-Jacques Lefebvre son fils ; Eric, Bruno et Sylvie Dente ; la Ville d’Yvetot ; Emile Canu ; Françoise Deniau ; Christine Renelle, Hervé Roger ; Didier Clatot ; F. Maletras ; La ville de Lillebonne ; Caux Seine Agglo ; les archives Lapert ; Le Courrier Cauchois ; Michel David (extraits de sa collection de cartes postales anciennes ) ; Jean-Philippe Pupin, les archives de la médiathèque Guy de Maupassant-CCYN-Yvetot, les Archives Départementales 76 …

Bonus -  Hôtel de Ville

Après 1924

ADSM 76 - 11Fi5291 - Yvetot, Hôtel-de-ville

 

A l'occasion de la pose de la première pierre de l'eglise d'Yvetot -1952

On reconnait Marcel Richard, Maire

 

DBM 2005

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17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 09:58

Deux remarquables ormes champêtre (Ulmus minor) observés au panorama de la côte Saint-Auct - Elbeuf-sur-Seine.

L'orme est le plus souvent  considéré comme disparu depuis les années 1975.

Il n'en est rien.

J'en ai observé en Ile-de-France, en Alsace, en Hauts-de-France, en Pays de Loire, à Paris où j'ai pu observé pour la première fois ses samares sur un orme de Samarie au jardin du Luxembourg, non loin de l'arrière la Fontaine Médicis.

Pouvoir observer des samares d'orme est un privilège car rarissime.

En revanche le premier orme champêtre que j'ai remarqué grâce à ses samares est celui du manoir des Evêques à Canapville dans le Calvados.

Le second orme champêtre que j'ai observé avec ses samares se trouve à Pierrefitte-sur-Seine en face des Archives Nationales, à l'encoignure de la rue Langevin avec l'avenue Emile Zola.

C'est à Elbeuf-sur-Seine que j'ai remarqué pour la troisième fois, deux ormes champêtre au moment de  la formation de leurs samares : un bel orme au panorama de Saint Auct.

Il est vrai que depuis le fléau de la maladie sur cet arbre au début des années 1970  (Ophiostamo ulmi) a décimé ce magnifique arbre dont on peut retrouver la silhouette dans le magnifique film  "Farrebique" de 1946.

La toute première fois que j'ai revu des ormes c'est près d'Héricourt-en-Caux dans le pays de Caux.

Un des spécimens vigoureux près d'Héricourt-en-Caux (2015)

Ses manfifiques feuilles asymétriques

Feuille de l'orme champêtre

 

 

A gauche la samare verte de l'orme champêtre (du manoir des Evêques de Canapville - Calvados), à droite la samare blonde de l'orme de Samarie (Jardins du Luxembourg à Paris)

L'orme de Samarie du Manoir des Evêques en 2019

L'orme champêtre de Canapville

 

 

Pour venir visiter les deux ormes, il faut vous diriger vers le panorama de la côte Saint-Auct au départ  du jardin René Youinou.

Peu avant le chêne de la Vierge une pancarte vous signale ce panorama.

Le chêne de la Vierge  qui est un arbre remarquable ne doit pas vous détourner de ces deux ormes dont celui qui est à l'angle du parapet.

L'orme majestueux

 

L'orme surplombe Elbeuf-sur-Seine

L'écorce de l'Orme double dont un des trois a été sectionné

L'orme près du parapet paré de ses samares

Un balcon sur la Seine

Les samares printanières avant la poussée des feuilles

Bouquet de samares

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 18:31
"JARDIN NOMADE AUX 4 SAISONS" : UNE OEUVRE COLLECTIVE ET PARTICIPATIVE (1)
09 - 10 - 11 - 12 et 13 / 04 / 2022 - 14:00 à 17:00
 
 

 

Maison du Parc
Allée du Champ de Courses (côté avenue des Canadiens) - 76800 St Etienne du Rouvray
 

Venez participer en famille à la réalisation d'une oeuvre artistique collective qui sera installée dans le Parc.

- 14h : Présentation du jardin nomade (30 minutes)

- 14h30-15h30 : "Herborisation" avec Pascal Levaillant : cueillette et identification de végétaux dans le parc.

- 15h30-17h : Atelier de confection d'une "bobine végétale" : venez mettre votre pierre à l'ouvrage collectif : les feuilles enfilées sur un long fil enroulées sur trois tourets disposés dans le parc et constitueront le "jardin nomade", symbolisant le cycle des saisons et le renouveau perpétuel.

A l'issue de l'atelier, vous pourrez également confectionner un marque-page avec une feuille de votre choix.

Atelier animé par Pascal Levaillant et Roselyne Corblin, artistes botanistes.

Nombre de places limité à 20, une personne = une inscription

"JARDIN NOMADE AUX 4 SAISONS" : UNE OEUVRE COLLECTIVE ET PARTICIPATIVE (1)
09/04/2022 - 14:00 à 17:00
Maison du Parc
Allée du Champ de Courses (côté avenue des Canadiens) - 76800 St Etienne du Rouvray
En savoir plus
 

RESERVATION in : https://www.metropole-rouen-normandie.fr/decouvrir-au-parc

 

                              venez découvrir l'herbier du printemps aux 50 nuances de jaune

 

on appelle cela le printemps

 

trois tourets seront custumisés de bobines végétales à fabrique ensemble

cueillettes au programme

 

cynorhodons au détour des allées

 

ramassages et collectes de feuilles pour les bobines

 

 exposition et présentation du jardin nomade versus boites de Pétri 

 

et des tamis

 

les collections de poivrons du Champ des Possibles seront montrés à la saison automnale

 

contribution des publics lors des herborisations

Notre  binôme  est désormais prêt à vous accueillir sous ce nouveau format d'animation et d'atelier

 

 

Au démarrage du jardin nomade samedi 9 avril

Les premiers fils de feuilles seront posés le samedi 9 avril à 17h30

 Herbier aux couleurs de l'Ukraine

Dimanche 10 avril 2022

Les  3 tourets 

Le printemps au parc urbain

 

Bobines de boites de Pétri

Le chemin est balisé pour rejoindre la salle

Sortie d'ateliers avec quelque uns des jeunes qui pont confectionné les fils de feuilles pour les tourets

 

Lundi 11 avril 2022

Les tamis du jardin nomade

 

Pascal et Roselyne installent pour l'atelier de l'après-midi

 

Installation du jardin nomade en spirales à l'intérieur : l'herbier contemporain "on appelle cela le printemps"

Une partie des participants des ateliers du lundi 11 avril 2022

 

Le chemin de ronde

Pyramide végétale flore jaune

Les deux pyramides

 

Touret 2 de fils de feuilles

 

Les deux premiers tourets en cours de réalisation

Mercredi 13 avril 2022

 

Au petit matin

 

Herbier contemporain de la pyramide inversée

Herbier contemporain papillon ou sablier

Atelier fils de feuilles

Végétalisation du gabion avec un "boa vert"

Transport du boa vert vers les trois tourets

Sortie d'atelier du mercredi 13 avril 2022 avec quelques uns des participants

 

Remerciements aux participants que nous allons citer bientôt et pour leur aimable concours pour ce reportage visuel.

Nous avons reçu la visite de beaucoup de monde dont des jardiniers du Champ des Possible ;  de Triticum et de 'On va semer' nos voisins de circonstance aux quatre saisons.

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 17:05

L'or bleu poudre d'isatis tinctoria - dans la boite de Pétri) d'Aurore Cottrel confié à Pascal Levaillant pour cette exposition, à coté du flacon contenant des graines provenant de la Roche-Guyon et de Canteleu

 

Pascal Levaillant apporte sa contribution artistique et botanique à l'exposition

" les couleurs des plantes indigènes" - Louis-Alexandre Dambourney 1722-2022 par Virginie Lagerbe, teinturière-coloriste nature

aux jardins de l'abbaye Saint-Georges à Saint-Martin de Boscherville - 76 - Seine-Maritime

du 2 avril au 30 juin 2022

 

dambourney peregreen virginie lagerbe

Cette exposition - hommage à Dambourney dont le département célèbre cette année le tricentenaire de sa naissance valorise ses procédés de teinture qu'il a développé de Oissel.

Ce savant chercheur seinomarin révèle ses secrets de la teinture.

L'exposition, construite par le Département de la Seine-Maritime et Virginie Lagerbe, teinturière-coloriste nature, va livrer au public matières à la teinture naturelle.

A cette occasion le volet botanique a été confié à Pascal Levaillant pour dévoiler les ressources.

 

Six mois de recherche " in situ" : pérégrinations et herborisations

 

" Depuis l'été dernier, je suis allé en Charente-Maritime et à Oléron pour chercher de la garance pérégrina "rubia pérégrina" dite garance voyageuse.  Puis grâce au concours de René Guery - Société des Amis des Sciences Naturelles et du Muséum de Rouen - sur ses pas j'ai trouvé la garance voyageuse sur les coteaux d'Orival sur lesquels jadis Dambourney avait implanté la garance pour alimenter ses travaux.

Sur la base des 9 plantes naturelles du monde de la teinture sélectionnées par Virginie Lagerbe, j'ai recherché des stations où les trouver afin de récolter et recueillir écorces, tiges, feuilles, terminaisons florales, rameaux, racines, cônes ... du pastel des teinturiers, de la tanaisie, de la bruyère, de la garance, du réséda lutéola, de l'aulne, du millepertuis, du pommier et du houblon.

J'ai trouvé le houblon (cônes, tiges et feuilles) sur le chemin de halage à Saint Martin de Boscherville  et à Canteleu, ainsi que les cônes, écorce et feuilles de l'aulne ; à Montigny et dans les jardins de l'abbaye Saint-Georges j'ai cueilli le solidage ; sur la route de Paris j'ai trouvé la tanaisie ;  l'écorce et les feuilles  du pommier sur des branches cassées par les tempêtes automnales au verger de l'abbaye Saint-Georges ; le millepertuis a été déniché à Maromme et Montigny ; de la bruyère aux jardins de l'abbaye Saint-Georges, (J'ai observé  la bruyère notamment aux Pierres Pouquelées de Vauville, La Hague en Cotentin et dans la forêt de la Gacilly en Bretagne) ; j'ai observé une station de pastel à Canteleu et au château de la Roche-Guyon et la grande majorité des feuilles m'ont été données par Aurore Cottrel, co-fondatrice de Blue & Pastel Le rêve bleu, la seule coproductrice normande d'isatis pour que j'en fasse des boules de cocagne. Grâce à Aurore Cottrel j'ai obtenu un peu d' "or bleu" du pastel des teinturiers. Quant au Réséda, je l'ai trouvé à Pontoise, à Sotteville-lès-Rouen et à Hénouville-le Bas. 

 

En marge de cette exposition, j'ai recueilli également de la fibre de lin provenant de AGYLin SCA à Baons le Comte Coopératives  agricoles et de  Terre de Lin à Saint-Pierre-le-Viger toutes les deux implantées en Seine maritime.  J'ai recherché de la laine naturelle auprès de Tourneboulaines, filandière et turbineuse de fibres  dans le Cotentin à Quettreville-sur-Sienne.
Séchées, déshydratées, pilées, broyées, réduites en poudre ces ressources botaniques ont été mis en flacon par mes soins afin de les présenter dans l'espace d'exposition. D'autres apports visuels ont été intégrés au catalogue d'exposition afin de valoriser la plante, qui sans elle ne permettrait pas la teinture ce que mit au grand jour le talent de Dambourney au 18e siècle."

 

Voici les contenus botaniques aux propriétés tinctoriales présentés :

l'ajonc ; l'aulne ; la bruyère ; le bouleau ; la bourrache ; le buddleia ; le chêne ; le cotinus (fustet)  ;  des boules de cocagne d'isatis  ; le coréopsis ;  le cosmos ; l'érable ; l'épinard ; la garance ; le henné ; le houblon ; le lierre ; le lichen ; le mahonia ; le millepertuis ; la nigelle ; la noix ; l'oseille ; l'ortie ; l'oignon ; le coucou primevère ; l'isatis ; la prêle ; le pommier ; le réséda ; la rhubarbe ; le saule ; la tanaisie ; le troène ; la verge d'or (solidage) ."

 

 

 

Enfin après de multiples recherches et plusieurs indices provenant le la Société Centrale d'Agriculture, chambre d'Agriculture, Cité de l'Agriculture à Bois-Guillaume,  j'ai pu retrouver très exactement la parcelle sur laquelle L.A.Dambourney plantait jadis la garance à Oissel et la garance sur un terrain d'une plus grande échelle (70 arpents en 1762) que sur le terrain de sa demeure à  Oissel ; et grâce à M. Guéry, botaniste renommé, la rubia pérégrina qu'il a observé à Orival-Oissel sur les coteaux calcaires  depuis une quarantaine d'années : on la trouve encore à cet endroit à l'état sauvage.

 

Petit cabinet de curiosités  des tinctoriales aux jardins de l'abbaye Saint Georges avec mes ressources végétales

 

 

 

l'ajonc, le coréopsis, le cosmos, l'oignon (pelures) aux propriétés tinctoriales recueillies par mes soins  dans le jardin de l'abbaye ou à proximité (Montigny et Canteleu)

l'ajonc, le coréopsis, le cosmos, l'oignon (pelures) aux propriétés tinctoriales recueillies par mes soins dans le jardin de l'abbaye ou à proximité (Montigny et Canteleu)

Houblon et millepertuis aux propriétés tinctoriales

Houblon et millepertuis aux propriétés tinctoriales

exemples d'extraits de plantes tinctoriales présentes aux jardins de l'abbaye Saint Georges

elles sont nombreuses

extraits...

 

le saule des vanniers qui a servi à recueillir son écorce et la poudre  présente  dans mon herbier contemporain tinctorial

la rhubarbe

Les racines de rhubarbe présentes dans l'herbier contemporain proviennent de la culture d'Olivier Beslay, producteur en maraichage biologique à Canteleu

 

le pissenlit  que l'on trouve partout

 

l'oseille

Les racines d'oseille proviennent d'un jardin privatif à Canteleu

les bruyères des jardins de l'abbaye Saint Georges de Boscherville qui ont servi à alimenter mes flacons et boites de Pétri

J'ai reçu la visite de Christophe Bouillon

Avec Christophe Bouillon, conseiller départemental de Seine-Maritime
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5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 13:03

Pascal Levaillant présente la fiche n°5 : le haricot vert

 

Carte blanche à Jean-Denis et Geneviève, les jardiniers du potager du manoir du Fay

 

Fiche réalisée par Pascal Levaillant, artiste botaniste, membre de FVMF depuis 2020. -Références  littéraires, iconographiques de :  Jean-Denis et Geneviève ; Michel Chauvet ; Annie Ernaux ; Flaubert ; Maupassant ; Proust ; Bourvil ; - juillet 2022

Introduction

Le haricot vert a dû être cultivé dans ce jardin nourricier antérieurement à l’acquisition du manoir du Fay par la Ville d’Yvetot en 1988.

Au début du 20e siècle, M. Maignan qui a résidé au manoir de 1933 à 1945 confirme que le  jardin nourricier était implanté à cette époque entre l’actuel cerisier qui a remplacé un vieux prunier et l’angle du mur ouest du jardin clos.

L’association A.N.E.T.H. a entretenu ce jardin clos de 1994 à la fin des années 2000.  1994 est la date à laquelle la Ville d’Yvetot a confié la gestion du jardin clos du manoir du Fay avant de la confier par la suite à l’association Faire Vivre le Manoir du Fay au début des années 2010 : (2014).

Couv du fascicule du Manoir du Fay et de son jardin biologique édité vers 1998,

avec l'aimable autorisation de M. Tougard (ses ayants droits) et de Denis Langlois

Crédit photo de l'aquarelle de Pierre Lorion © Pascal  Levaillant 2020 - collection personnelle

Pierre Lorion fut Secrétaire Général  de la Ville d'Yvetot de 1963 à 1989 durant une partie des mandats de Pierre Bobée, ce lui-même qui au nom de la Ville d'Yvetot  fit l'acquisition du manoir du Fay en 1988. Il a su développer son talent d'aquarelliste qui ont fait l'objet de la couv de plusieurs numéros  du magazine de la Ville d'Yvetot. Il fut un des premiers exposants de l'A.Y.A.C. dès 1978.

 

Le jardin clos du manoir du Fay (contexte)

Comme de coutume, le jardin clos du Manoir du Fay a été très certainement un jardin potager et nourricier, depuis le début du 17e siècle, comme pour la plupart des petits manoirs décrits par Xavier Pagazini[1] c’est-à-dire un des espaces clos réservés au seigneur, comme le figure plus tard le terrier de 1780 de la Seigneurie de Baons-le-Comte.

 

On aperçoit le jardin nourricier du manoir du Fay divisé en deux parcelles principales tel qu’il fut dessiné pour ce plan terrier.

LE MANOIR DU FAY Plan terrier de Baons le Comte 1780

ADSM FRAD076_12Fi_00

 

Le haricot Organdi

 

 

Jean-Denis et Geneviève nous raconte :

"Que c'est une variété précoce et très productive d'excellente qualité gustative.

Que cette variété produit  de très jolies gousses dans le calibre extra-fin de 14 à 16 cm de longueur, bien droites, sans fil ni parchemin.

Qu'elle résiste aux maladies classiques des haricots, grain noir.

Jean-Denis et Geneviève nous précisent que cette variété apprécie tous les sols frais et légers. Température du sol 10 à 12° pour le semis.

Ils poursuivent en disant que la récolte se fait deux mois et demi environ après le semis jusqu'au gelées.

Ils conseillent d'éviter la congélation, eux-mêmes privilégiant la stérilisation.

Ils nous informent que ce légume  est originaire d'Amérique centrale et qu'il fut découvert par Christophe Colomb à Cuba, par Jacques Cartier près du Saint-Laurent.

Mais des archéologues ont démontré que le haricot était déjà cultivé au Pérou et Mexique il y a environ 10 000 ans.

Jean-Denis et Geneviève plantent les haricots en mai pour une première récolte en juillet.

 Au 20 juillet ils replantent à nouveau ce haricot pour une seconde récolte à la fin de l'été."

---------------------------------------

 

Michel Chauvet décrit ainsi les  haricots verts

"En français : haricot vert

en anglais : French bean

en allemand : grüne Bohne...

[...] On peut consommer la gousse avant que les graines se développent (haricot filet)  ou avec les graines à demi-développées (haricot mangetout, en néerlandais : sperzieboon, slaboon, prinsesseboon).

La nomenclature  des calibres de haricots varie d'une langue à l'autre. Ainsi en français, haricot princesse désigne des mangetout, alors que l'allemand Prinzessbohne désigne des haricots extrafins ou très fins. 

 

[...] les haricots verts atteignaient d'après la FAO une production mondiale de 1,98 million de tonnes en 2012. Les principaux producteurs seraient les Etats Unis (910 000 t), la France (334 000 t), le Maroc (134 000 t) [...]. "

in : Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018, 405-406.

 

 

Ci-dessus : Jean-Denis et Jean-Denis et Geneviève au travail

Les carrés destinés aux haricots verts

Carrés destinés aux haricots Organdi

Depuis 2014, Jean-Denis et Geneviève entretiennent le jardin clos et ses parcelles cultivées : légumes, fleurs et rosiers.

Ils achètent les graines et les plants à repiquer qu'ils préparent dans des godets dans leur propre serre dans un petit village du pays de Caux.

Semis de Jean-Denis et de Geneviève en poquets

 

Ils se font aider par des jardiniers occasionnels.

 

Pour les premiers plants au jardin, ils repiquent les échalotes fin février, les pommes de terre vers la fin avril, les haricots en mai puis les betteraves, les blettes. En juin ils sèment les carottes nantaises, les poireaux d'été, les salades feuille de chêne et laitue, les radis fakir. En juillet c'est la période des courges, des potirons, des concombres, des courgettes et la rhubarbe.

 

Pour les fruits rouges ils procèdent à la cueillette des framboises, des cassis et des groseilles. Tous les deux ans c'est la récolte des cerises, arbre sur lequel nous reviendrons.

 

Pour les aromatiques ils les entretiennent là où ils se trouvaient par le passé comme également pour l'oseille qu'ils n'ont pas introduite.

 

Le questionnaire Proustien de Levaillant à Jean Denis et Geneviève, membres de l’association "Faire Vivre le Manoir du Fay" et jardiniers du jardin clos depuis 2014.

 

  • Quel rôle joue le haricot au jardin clos ?

 

 "Le haricot s'associe bien avec les autres légumes: carotte pomme de terre, épinard ..."

 

      -    Quel usage en avez-vous personnellement ?

 

 "Personnellement on le cultive pour la stérilisation en bocaux que l'on préfère à la congélation."

 

      - Dans quel plat le préférez-vous ?

 "Comme plat avec un rôti de viande rouge"

 

      - Est-il présent dans votre propre jardin ?

"Oui"

      - En cuisine quelle sensation éveille-t-il en vous ?

 "En bouche / goût nouveau d'un légume d'été"


       -   Quel est votre conseil en qualité de jardiniers ?

 "Le haricot se plante au soleil, terre meuble sans fumures, juste compost ou fumier légèrement"


     -  Quel est votre plante alimentaire préférée au jardin ?

"Le haricot"

 

 

 

Du côté d'Annie Ernaux :

"Mon père « faisait » les carottes et les poireaux, le chou-navet, l’échalote, l’ail, la ciboule et le persil, l’oseille, le radis noir, les haricots à rames, mange-tout, à écosser - qui sécheraient tout l’hiver suspendus dans le grenier-[...] 

Extrait du texte d'Annie Ernaux - In : https://yvetotpatrimoinevegetal.over-blog.com/2020/11/003-l-histoire-du-patrimoine-vegetal-d-yvetot-1021-2021-preface-d-annie-ernaux.html

 

Du côté de Gustave Flaubert :

"Le vent s’amusait à jeter bas les rames des haricots."

in : http://textes.libres.free.fr/francais/gustave-flaubert_bouvard-et-pecuchet.htm -  Gustave FLAUBERT - Biographie et 9 OEUVRES - Textes libres

"Quand Charles, après être monté dire adieu au père Rouault, rentra dans la salle avant de partir, il la trouva debout, le front contre la fenêtre, et qui regardait dans le jardin, où les échalas des haricots avaient été renversés par le vent. Elle se retourna."

http://textes.libres.free.fr/francais/gustave-flaubert_madame-bovary.htm - Gustave FLAUBERT - Biographie et 9 OEUVRES - Textes libres

Du côté de Maupassant

« Puis c’est le tour du couscous, quelquefois bon et souvent détestable. C’est une farine de granules cuites dans une vapeur de mouton bouilli, avec des légumes, des haricots, des choux, toujours du piment. »

in : http://maupassant.free.fr/chroniques/fete.html Guy de Maupassant : Une fête arabe. Texte publié dans L’Écho de Paris des 7 et 13 avril 1891.

 

 Du côté de Proust :

« Et dire qu’il faut attendre encore deux mois pour que nous entendions : « Haricots verts et tendres, haricots, v’là l’haricot vert. » Comme c’est bien dit : Tendres haricots ! vous savez que je les veux tout fins, tout fins, ruisselants de vinaigrette ; on ne dirait pas qu’on les mange, c’est frais comme une rosée. »

In :https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust__La_Prisonni%C3%A8re,_tome_1.djvu/160

 

Rubrique "courir sur le haricot"

 

"Cette expression née à la fin du XIXe siècle signifie que quelqu'un nous agace beaucoup. "Courir quelqu'un" signifiait déjà au XVIe siècle "l'importuner". Quant au "haricot", il correspondait, en argot, à un "orteil". Qui plus est, on l'utilisait également sous la forme "haricoter" qui signifia tout d'abord "être mesquin", puis "importuner"."
https://www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/400/courir-sur-le-haricot/

 

En savoir plus grâce à Stéphane Bern

https://www.youtube.com/watch?v=vRiEypmPC3A&ab_channel=Europe1

 


 

Pour conclure voici la chanson

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

 

« Les haricots »

 

de Bourvil, le célèbre cauchois

- extrait - 

"On doit chanter ce que l’on aime

Exalter tout ce qui est beau

C’est pour cela qu’en un poème

Je vais chanter les haricots [...]

 

 

 

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

in : https://www.youtube.com/watch?v=UXF5oao5PtI&ab_channel=woud90

Voici mes 12 nuances de haricots

12 nuances de haricot © Pascal Levaillant 2012

Si le haricot vous intéresse, vous pouvez consulter l'article que vient de publier Yves de Saint-Jean : 

Publié le 22 Mai 2022

Mon calendrier lunaire pour jardiner avec la lune me recommandait de semer mes haricots, flageolets et autres mogettes ce jeudi 19 mai, jour de la saint Yves, ce qui avouons-le ne peut-être qu'un bon présage. J'ai respecté et nous verrons bien... Raison...

 

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5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 12:58

Pascal Levaillant présente la fiche n°4 : la pomme de terre

Fiche réalisée par Pascal Levaillant, artiste botaniste, membre de FVMF depuis 2020.
Références scientifiques, littéraires, iconographiques de :  Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018 ; la Ville d'Yvetot ;  les archives du Département de la Seine-Maritime, l'association Faire Vivre le Manoir du Fay ; Denis Langlois ; la ferme de M. F. Galle à Ecalles-Alix,  L'auteur et aquarelliste Yves de Saint-Jean ; M. Maignan ;  Maurice Renard et la Société Centrale d'Agriculture de Seine-Maritime ; Annie Ernaux ;  Flaubert ;  Maupassant ; Jehan le Povremoyne ;  Proust et avec les aimables autorisations et contributions textuelles et visuelles  de  Jean Denis et Geneviève.

Le 7 mai 2022 

 

Botanica, 4eme édition, 3e Ano Liceal, Manuel de Oliviera Faria, estampas A. Masclef, 1893, Livraria Cruz, Braga, 1964, p.85.

 

Introduction

La pomme de terre a dû être cultivée au 18e  siècle dans ce jardin nourricier décrit sur un plan terrier du 18e siècle, antérieurement à l’acquisition du manoir du Fay par la Ville d’Yvetot en 1988.

Au début du 20e siècle, M. Maignan qui a résidé au manoir de 1933 à 1945 confirme que le  jardin nourricier était à cette époque entre l’actuel cerisier qui a remplacé un vieux prunier et l’angle du mur ouest du jardin clos.

L’association A.N.E.T.H. a entretenu ce jardin clos de 1994 à la fin des années 2000.  1994 est la date à laquelle la Ville d’Yvetot a confié la gestion du jardin clos du manoir du Fay avant de la confier par la suite à l’association Faire Vivre le Manoir du Fay au début des années 2010.

In : BALADES EN PAYS DE CAUX, Yves de Saint-Jean, Vinarelle, 2006.

Yves de Saint Jean, né le 14 octobre 1948 à Chenu, est un peintre, dessinateur, écrivain français, spécialiste des aquarelles.

Le manoir du Fay, un édifice public remarquable, l'épure du pays de Caux

Le jardin clos du manoir du Fay (contexte)

Comme de coutume, le jardin clos du Manoir du Fay a été très certainement un jardin potager et nourricier, depuis 1612-1617 (fin de la construction du manoir), comme pour la plupart des petits manoirs décrits par Xavier Pagazini[1] c’est-à-dire un des espaces clos réservés au seigneur, comme le figure plus tard le terrier de 1780 de la Seigneurie de Baons-le-Comte.

Au début du 20e siècle, M. Bernard Maignan, ancien locataire du manoir, nous a informé qu’une partie de ce jardin clos fut réservé à un petit potager et que la pomme de terre était cultivée à son époque.

On aperçoit le jardin nourricier du manoir du Fay divisé en deux parcelles principales tel qu’il fut dessiné pour ce plan terrier.

LE MANOIR DU FAY Plan terrier de Baons le Comte 1780

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Histoire et origine de la plante alimentaire

 

Crédit photo © Pascal Levaillant

La pomme de terre produit et porte des baies contenant les graines sur certaines variétés comme la "César" baies grosses comme des tomates cerises. (in :  ferme de François Galle-Ecalles-Alix, ancienne paroisse de l'ancienne principauté d'Yvetot)

On peut observer les baies que très rarement car elles disparaissent à l'occasion du passage des engins agricoles venant tailler les rangs  après la floraison de la pomme de terre au milieu de l'été afin de revigorer la poursuite de la croissance des plants en terre. Dans son propre potager, certaines variétés en produisent  plus que d'autres à conditions de les laisser croître.

Ces baies sont toxiques, faut-il le souligner ici.

 

La pomme de terre

Biologie et classification et variétés selon Michel Chauvet (extraits)

Fr. pomme de terre ; patate (familier)

Biologie Solanum tuberosum fait partie de la section Petota, sous-section Potatoe du genre Solanum, qui compte plus de 200 espèces à tubercule, répandues du sud-Ouest des Etats-Unis au sud du Chili. Toutes ont un nombre chromosomique de base n = 12. Leur classification a beaucoup varié, la dernière révision datant de 2007 (Spooner et al.).

Il existe par ailleurs 3 espèces cultivées dans les Andes. […] Dans les champs andins, on trouve traditionnellement des pommes de terre de plusieurs types et niveaux ploïdiques. Si l’on s’accorde à situer son origine dans les Andes centrales, ses ancêtres sauvages sont encore controversées. Solanum brevicaule Bitter pourrait être l’un d’entre eux. Solanum tuberosum est maintenant structurée en trois groupes.

Groupe Anigenum

Ce groupe rassemble maintenant la plupart des pommes de terre cultivées dans les Andes, qu’elles soient diploïdes ou tétraploïdes. […]

Groupe Chilotanum

Ce groupe tétraploïde est adapté aux jours longs des basses terres du Chili. Il ressemble morphologiquement au Groupe Tuberonum, et on a parfois émis l’hypothèse qu’il était l’ancêtre direct, ce qui ne s’accorde ni avec les données historiques ni isozymiques.

Groupe Tuberosum

Ce groupe est constitué par les pommes de terre actuelles, qui ont évolué en Europe à partir des premières introductions du nord des Andes. Nos pommes de terre se distinguent de leurs ancêtres par des feuilles disséquées et à folioles plus larges, ainsi que par des tubercules plus gros qui se forment en jours longs.

La pomme de terre est une plantes herbacée vivace, mais cultivée comme une plante annuelle. […] les tubercules peuvent synthétiser de la chlorophylle et une substance toxique, la solanine, s’ils sont à la lumière. Pour cette raison, on butte la plante en culture et on conserve les tubercules à l’obscurité.

10 nuances de pomme de terre

Crédit photo © Pascal Levaillant

 

Variétés

La qualité de la chair est le critère le plus important pour le consommateur. De ce point de vue, les pommes de terre se classent en trois catégories :

  • Les pommes de terre d’usage courant ont une chair à grain moyen (frites et purée)
  • Les pommes de terre à chair ferme ont un grain fin (en salade, à la vapeur ou rissolées)
  • Les pommes de terre féculières sont destinées à l’industrie de la fécule. […]

[…] Les pommes de terre de conservation sont récoltées mures et peuvent se conserver […]

Les pommes de terre de primeur sont récoltées avant maturité, ont une teneur en eau élevée et sont donc périssables. Leur peau très fine peut s’éplucher facilement, et l’on peut même les manger avec la peau. […]

Les pommes de terre de conservation d’usage courant

Peau jaune, chair jaune :

  • ‘Bintje’, la plus cultivée
  • ‘Ker Pondy’

Peau rouge, chair jaune :

  • ‘Urgenta’

Pommes de terre de conservation à chair ferme

Peau jaune, chair jaune :

- ‘BF 15’

- ‘Belle de Fontenay’

- ‘Ratte’

- ‘Viola’

Peau rouge, chair jaune :

  • ‘ Roseval’
  • ‘Rosa’

Pommes de terre de primeur

Peau jaune, chair jaune :

  • ‘Sirtema’
  • ‘Ostara’
  • ‘Bea’
  • ‘Apollo’
  • ‘Spunta’
  • ’Sientje’
  • ‘Claustra’
  • ‘BF15’
  • ‘Roseval’

Pommes de terre féculières

  • ‘kaptah Vandel’

 

In : BALADES EN PAYS DE CAUX, Yves de Saint-Jean, Vinarelle, 2006.

Histoire, selon Michel Chauvet (extraits)

Michel Chauvet nous apprend beaucoup sur la pomme de terre  dans son ouvrage  : Encyclopédie des plantes alimentaires - 700 espèces du monde entier - 1700 dessins, Belin, 2018.

"La pomme de terre pourrait avoir été domestiquée entre 5000 et 2000 avant J.-C. dans les hauts plateaux du lac Titicaca (Bolivie et Pérou). Mais il faut attendre la civilisation mochica (côte nord du Pérou, 1000 ans après J.-C.) pour voir la pomme de terre représentée sur de nombreuses poteries. Elle faisait alors l’objet de commerce depuis de nombreux siècles.  Le premier contact des Européens avec la pomme de terre date de 1537 dans la vallée de Magdalena en Colombie. L’expédition de Gonzalo Jiménez de Quesada a trouvé du maïs, des haricots et des « truffes » dans le village de Sorocotà près de Velez. Les premières mentions de la patata en Europe se trouvent dans les livres de comptes d’un hôpital de Séville pour l’année 1573. […]. La date la plus plausible d'introduction en Europe est donc 1570, via les canaries. [...]

Les premières pommes de terre introduites en Europe venaient de régions  à jours courts, et tubérisaient mal. Il a fallu presque deux siècles pour qu'apparaissent au début du XVIIIe  des formes capables de tubériser en jours longs. […], dès le milieu du XVIIsiècle, la pomme de terre s'est diffusée en Europe centrale, au travers de l'Italie du Nord, comme l'atteste son nom kartoffel, qui vient de l'italien tartuffoli, petites truffes. De l'est, elle arrive dans le Dauphiné, en Alsace dès 1660, puis en Lorraine vers 1680, en Auvergne[…] suivant cette fois-ci l'exemple de l'Irlande, où elle était déjà largement cultivée la Bretagne et la Normandie l'adoptent, et Mustel lui consacre un traité en 1767. Quand Parmentier parvient en 1785 à convaincre la cour de Louis XVI et les savants des bienfaits de la pomme de terre, son rôle s'apparente plus à celui d'un publicitaire avant la lettre  qu'à celui d'un découvreur. [...]."

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François-Georges Mustel est né à Rouen le 11 août 1719. Il mourut à Rouen le 3 octobre  1803 à l'âge de 84 ans. Ce rouennais  méconnu cultiva pour la première fois en 1765-1766  en Normandie dans la plaine des Sablons,  la pomme de terre de plants importés d'Angleterre. Il en planta même, peu après dans des terres louées  rive-Gauche à Saint-Sever. Il publia un mémoire sur la culture de la pomme de terre en 1767.  : https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1953_num_3_1_4239

Petit détour  par Yvetot en Normandie dont un des derniers princes Camille d'Albon II et III (contemporain de Mustel, le Rouennais et de Parmentier, le picard) ; Camille I d'Albon était originaire du Dauphiné, contrée où  fut implantée la pomme de terre déjà en 1540 en Ardèche à Saint Alban d'Ay.

Sachant qu'elle a été introduite en France tout d'abord par le Dauphiné en 1540 venue d'Espagne et plus généralement en 1660, venue d'Italie, il se peut que Camille I d'Albon l'ait mangée en Dauphiné avant qu'il devienne prince d'Yvetot en 1685 et qu'il ne la fasse faire cultiver sur ses terres yvetotaises, telle est une hypothèse plausible puisque sur ses terres près du château reconstruit en 1702, le domaine possédait  pépinière, chopière, basse-cour et verger.

"D’abord en Espagne où elle prendra le nom de patata [...] puis l’Italie taratouffli (petite truffe), l’Irlande potato, l’Allemagne puis la France. Elle est introduite en France vers 1540 et cultivée à Saint-Alban-d’Ay (il s’agissait là de la variété dite « Truffole » ). Elle est figurée pour la première fois par Gaspard Bauhin dans Pinax Theatri Botanici de 1596. Elle est décrite en 1600 par Olivier de Serres, qui la nomme cartoufle (à relier à l’allemand Kartoffel) et déclare à son sujet :  « Cet arbuste dit cartoufle porte fruict de mesme nom », semblable a truffes. Tandis qu’en Italie, Allemagne, Pologne et Russie on mangeait déjà la pomme de terre, en France elle ne fut utilisée que pour nourrir le bétail pendant plus de deux siècles.   "

In : https://www.voyageauperou.info/histoire-de-la-pomme-de-terre/

Saint Alban d'Ay est une commune d'Ardèche.

 

De la pomme de terre au gratin dauphinois

Il est probable que l’élaboration d’un ancêtre du gratin dauphinois soit liée à la diffusion du tubercule en Europe. Sa culture apparaît en 1565 en Italie puis en 1589 pour la Suisse où il s’adapta à merveille aux conditions alpines. On peut donc imaginer les premières tentatives de plat à base de pommes de terre dans le Dauphiné voisin entre le XVIème et le XVIIème siècle. in : https://www.legratindauphinois.fr/histoire-du-gratin-dauphinois/

Le Dauphiné, terre native des princes d'Albon.

Alors que la famille Du Bellay s'éteignait en principauté d'Yvetot,  la principauté passait à la maison de Crevant, puis à la maison d’Albon en 1685, par le mariage de Françoise-Julie de Crevant, princesse souveraine d’Yvetot, avec le comte Camille d’Albon, marquis de Saint-Forgeux. 

Camille d'Albon, Camille Éléonor, marquis de Saint-Forgeux, baron d'Avauges, 
seigneur d'Yvetot, d'Ancy, d'Odieu, de Dareizé, de La Brosse, de La Grange, de La Motte, de Nuelles, de Persange, de Pontcharra, de Saint-Loup, de Saint-Romain-de-Popey, de Sarcey, de Talaru, de Varennes, de Vindry et des Olmes

La famille Camille d'Albon en quelques dates :

1685-1729                                   Camille d’Albon, prince d’Yvetot par son mariage avec Françoise, Julie de Crevant

1729-1746                                   Claude d’Albon

1746-1772                                    Camille II d’Albon

1772-1789                                    Camille III d’Albon

 

"Le dernier marquis d'Albon, prince d'Yvetot s'est éteint le 23 mars 2015 en Région Auvergne-Rhône-Alpes. André d’Albon appartenait à une des plus vieilles familles françaises nobles."

In : https://www.leprogres.fr/rhone/2015/03/26/le-marquis-d-albon-prince-d-yvetot-s-est-eteint-a-l-age-de-91-ans

 

 

La Société Centrale d'Agriculture  de Seine-Maritime

Pour compléter et enrichir les informations que nous livre Michel Chauvet dans son encyclopédie des plantes alimentaires, je suis allé consulter la Société Centrale d'Agriculture de Seine-Maritime dont je suis membre adhérent.  Cette académie est présidée par Marcel Hurard bien connu à Yvetot. Cette académie compte parmi ses membres  Patrick Monville, un de ses membres de son conseil d'administration qui par ailleurs est également un des membres du Conseil d'administration de l'association Faire Vivre le Manoir du Fay. 

La S.C.A vient de publier dans son dernier bulletin annuel 2021, page 14-15,  un article dont un chapitre est consacré à la pomme de terre.

C'est Pierre Watte Vice-président de la Commission départementale des Antiquités, ancien directeur du Muséum d'Histoire naturelle du Havre, Maurice Renard, administrateur de la SCA et Sylvain Thouret, ancien professeur au Lycée Agricole d'Yvetot qui ont rédigé ce chapitre de l'histoire de la pomme de terre qui m'apparaissait utile pour enrichir cette fiche .

Extrait  : 

" Le tsar Nicolas 1er lance la production - les disettes de 1709, de 1710, de 1769 et 1770 contribuent au développement de la production.

1771 : Parmentier obtient un 1er prix à Besançon. Parmentier est originaire de la Somme, né en 1737, il devient pharmacien. 

1785 : à la Saint-Louis, Parmentier offre à Louis XVI un plat de pomme de terre

1787 : Parmentier organise un banquet et reçoit des hommes célèbres ; Lavoisier, Vilmorin, Franklin, Buissonnet, Voltaire entre autres… Il renouvellera le banquet dans la plaine des Sablons en offrant à la dégustation  de 20 plats à base de pommes de terre.

1813 : mort de Parmentier

1813 : l'Académie d'Agriculture constitue une collection de variétés sous l'égide de Vilmorin à Verrières le Buisson

1846 : premier catalogue créé par Philippe Vilmorin contenant 177 variétés.

1881 : un autre catalogue annonce 630 variétés […]

Sylvain Thouret complète par ses annotations " Quel destin amusant que celui de Parmentier qui avait au départ l'intention d'inventer un substitut au blé pour pallier aux époques de disette en inventant un pain fait avec de l'amidon de pommes de terre , ce qu'il a loupé, par contre sans le savoir au départ, il est quand même parvenu à ses fins mais en inventant une autre culture qui a bien contribué à diminuer les famines."

 

Ethnologie, selon Michel Chauvet (extraits)

"Les poteries mochicas du Pérou […] montrent de gros yeux garnis de germes, analogues à des bouches et des dents. […] A Pérou, on révérait   à l'époque historique des papas madres (précoces et constituées de deux tubercules accolées) et des pierres, en forme de pommes de terre. Par contre, les conquistadors espagnols vouaient un profond mépris à cette nourriture d'indiens, qu'ils appelaient turmas de tierra (testicules de terre). […]"

 

Usages selon Michel Chauvet (extraits)

 "[ ...] Il semble qu'on ait cuit la pomme de terre en ragoût et sous les cendres.

Ce n'est que vers la fin du XVIIIsiècle, que se répandent la pomme de terre bouillie, puis la purée. Quand aux frites, dont la paternité est un sujet de discorde entre Belges et Français, elles apparaissent d'abord chez des marchands ambulants vers 1830, et c'est la baisse du prix de l'huile qui va les populariser. [] la pomme de terre fait l'objet de nombreuses transformations industrielles. La purée de flocons, les frites surgelées et les chips sont les plus importantes, mais les produits extrudés pour l'apéritif sont aussi en expansion. 

Enfin la pomme de terre peut se distiller. L'aquavit en Suède, et certaines vodka en Pologne sont à base de pomme de terre.

Hormis ses utilisations alimentaires, la fécule de pomme de terre a de nombreux débouchés industriels."

 

Economie, selon Michel Chauvet  (extraits)

"Avec une production mondiale de 369 millions de tonnes en 2012, d'après la FAO, la pomme de terre est la quatrième plante alimentaire après le blé, le riz et le maïs. […]

En France, il s'en produit 6 670 000 t sur 180 000 ha, tous types confondus. (En Russie , 29,5 millions de t, Ukraine 23,3) [ …] la Belgique (2,93) . […].

La pomme de terre  primeur est le plus souvent récoltée avant maturité et ne se conserve pas […] Les plus précoces  viennent de Noirmoutier, et les principales régions productives sont la Bretagne, la Provence, le Languedoc-Roussillon et l'Aquitaine. […] la pomme de terre primeur fait l'objet d'exportations du Maroc et d'Espagne vers la France, et de la France vers le Royaume-Uni."

Depuis 2014, Jean-Denis et Geneviève sont venus au Manoir du Fay, attirés par sa beauté.

Depuis, bénévolement, ils entretiennent  le jardin clos sur ses parcelles cultivées  : légumes, fleurs et rosiers. Ils achètent les graines et les plants à repiquer qu'ils préparent dans des godets dans leur propre serre dans un petit village du pays de Caux.
Ils se font aider par des jardiniers occasionnels.

Ils pensent ainsi contribuer à l'agrément du jardin clos et à son embellissement ainsi qu'à faire partager leur passion auprès des visiteurs.

Pour les premiers plants au jardin, ils repiquent les échalottes fin février, les pommes de terre vers la fin avril, les haricots en mai puis les betteraves, les blettes. En juin ils sèment les carottes nantaises, les poireaux d'été, les salades feuille de chêne et laitue, les radis fakir. En juillet c'est la période des courges, des potirons, des concombres, des courgettes et la rhubarbe.

Pour les fruits rouges  ils procèdent à la cueillette des  framboises, des cassis et des groseilles. Tous les deux ans c'est la récolte des cerises, arbre sur lequel nous reviendrons.

Pour les aromatiques ils les entretiennent là où ils se trouvaient par le passé comme également pour l'oseille qu'ils n'ont pas introduit.

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Les plants sont prêts pour le jardin clos du manoir du Fay

Crédit photo © JDG 2022

Le questionnaire proustien de Levaillant à Jean Denis et Geneviève, membres de l’association « Faire Vivre le Manoir du Fay) et jardiniers du jardin clos depuis 2014.

 

  • Quel rôle joue la pomme de terre au jardin clos ?

 L'intérêt de la pomme de terre tient au fait qu'elle est est riche en glucides : potassium, magnésium  et fibres

      -    Quel usage en avez-vous personnellement ?

 Nous la cuisinons

      - Dans quel plat le préférez-vous ?

 Le gratin dauphinois

      - Est-elle présente dans votre propre jardin ?

 Bien sur

      - En cuisine quelle sensation éveille-t-il en vous ?

 Nous pensons que son goût varié  s'équilibre bien avec d'autres légumes 
       -   Quel est votre conseil en qualité de jardiniers ?

 Nous recommandons de la planter fin avril, début mai à une profondeur de 10 cm, espacée de 40 cm dans un sol léger et drainé.
     -  Quel est votre plante alimentaire préférée au jardin ?

 Bien évidemment le haricot vert.

 

 

La pomme de terre "Charlotte" par Jean Denis et Geneviève

La pomme de terre "charlotte" est une variété française, appellation d'origine de l'Ile de Ré. Créée en Bretagne en 1981.Elle est cultivée pour ses tubercules riches en amidon et elle a  été utilisée pour l'alimentation humaine et animale.

La pomme de terre est originaire des Andes. Elle a été introduite en Europe en 1534, en Espagne, puis en 1588 en Autriche, cultivée en Angleterre en 1585.

Mais en France, on se méfiait de ce légume. On la considérait comme aliment pour le bétail.

Après la famine de 1785, avec le soutien du roi Louis XVI, la culture est lancée et adoptée par les français.

Son origine remonte à environ 8000 ans sur les hauts plateaux de la Cordillère des Andes où elle poussait à l'état sauvage. 

 

 

Jean-Denis travaille une des parcelles pour recevoir les prochains plants de pomme de terre au début du printemps 2022. 

Les deux carrés, en préparation, dédiés à la Charlotte, mars 2022

Crédits photo © JDG et PL - 2022

Ils en parlent...

 

Du côté d'Annie Ernaux :

"Mon père « faisait » les carottes et les poireaux, le chou-navet, l’échalote, l’ail, la ciboule et le persil, l’oseille, le radis noir, les haricots à rames, mange-tout, à écosser - qui sécheraient tout l’hiver suspendus dans le grenier- les pois gourmands, les pommes de terre, qu’on dégustait, nouvelles, avec du beurre, les fraises dont je guettais en juin sous les feuilles le rougissement. Il « ne faisait pas » la tomate, l’asperge, l’épinard, le concombre, l’artichaut, qui, affirmait-il, ne « viennent pas par ici ».

L’été, j’entendais le bruit mat et régulier de son louchet aplatissant la terre."

extrait du texte d'Annie Ernaux - in : https://yvetotpatrimoinevegetal.over-blog.com/2020/11/003-l-histoire-du-patrimoine-vegetal-d-yvetot-1021-2021-preface-d-annie-ernaux.html

 

Du côté de  Gustave Flaubert :

Ils avaient été sur les rives de l’Orne, choisir des granits, les avaient cassés, numérotés, rapportés eux-mêmes dans une charrette, puis avaient joint les morceaux avec du ciment, en les accumulant les uns pardessus les autres ; et au milieu du gazon se dressait un rocher, pareil à une gigantesque pomme de terre."

In : https://flaubert-v1.univ-rouen.fr/oeuvres/bouvard_et_pecuchet.php

 

Du côté de Maupassant

"Au bord d'un chemin, sur un tas de hardes, un tout petit enfant, assis les jambes ouvertes, jouait avec une pomme de terre qu'il laissait parfois tomber dans sa robe, tandis que cinq femmes, courbées et la croupe en l'air, piquaient des brins de colza dans la plaine voisine. "

In : http://textes.libres.free.fr/francais/guy-de-maupassant_le-pere-amable.htm

 

Du côté de Jehan le Povremoyne :

"la paysanne y jetait à poignées les légumes de saison, largement lavés dans un plein seau d'eau, choux, carottes, poireaux, navets, pommes de terre, oseille, oignons. Une main de gros sel craquant. Un morceau de beurre qui fondait en trainées d'or…"

In : Jehan le Povremoyne, contes normands, ma grand-mère paysanne, la soupe à l'oseille.

 

Du côté de Marcel Proust :

"Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de la mer. "

In : https://marcel-proust.com/extrait/526

 

Ma recette préférée : le gratin dauphinois

Beurrer et ailer un plat en terre cuite.

Garnir le plat avec des lamelles de pommes de terre.

Couvrir la garniture au 3/4 avec un mélange de lait, crème fraîche, beurre.

Saler, poivrez

Mettre au four à 135° jusqu'à ce que la pomme de terre soit cuite et rissolée par le dessus.

Ma préférence est de déguster le gratin dauphinois avec un saucisson de Lyon cuit au vin rouge (beaujolais) en papillote au barbecue.

La maison Hardy de Rouen prépare d'excellents saucissons de Lyon à la pistache, à cuire.

Maison Hardy, 22 Pl. du Vieux Marché, 76000 Rouen, France

 

Lamelles

Ail

Couches

Saler, poivrer

Couvrir au 3/45 de lait et couvrir de lamelles de beurre

3 heures de cuisson au four à 135° 

Cuit à point, sorti du four

Crédit photo © Pascal Levaillant 2022

Cette fiche n°4 consacrée à la pomme de terre est susceptible d'être complétée par de nouveaux visuels et par d'autres apports textuels au fur et à mesure

à suivre...

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4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 13:11

Pascal Levaillant présente la fiche n°3 : le poireau

Fiche réalisée par Pascal Levaillant, artiste botaniste, membre de FVMF depuis 2020.
Références scientifiques, littéraires, iconographiques de :  Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018 ; Denis Langlois ; Yves de Saint-Jean ;  MOVI NORMANDIE ;  Annie Ernaux,  avec leurs aimables autorisations et contributions textuelles de  M.et M. Lecossois.

 

Parcelle des poireaux du jardin clos du manoir du Fay, 2022

© crédit photo Pascal Levaillant 2022

 

Le manoir du Fay, un édifice remarquable

L'épure du pays de Caux

 

Crédit illustration MOVI NORMANDIE - www.movinormandie.fr

Le poireau

Le poireau a dû être cultivé dès la création de ce jardin nourricier que l’on peut observer sur le plan terrier du 18e siècle antérieurement à l’acquisition du manoir du Fay par la Ville d’Yvetot en 1988.

M. Maignan qui a résidé au manoir atteste d’un jardin nourricier situé, entre l’actuel cerisier qui a remplacé un vieux prunier et l’angle du mur ouest du jardin clos.

L’association A.N.E.T.H. a entretenu ce jardin clos de 1994 à la fin des années 2000.  1994 est la date à laquelle la Ville d’Yvetot a confié la gestion du jardin clos du manoir du Fay avant de la confier par la suite à l’association Faire Vivre le Manoir du Fay au début des années 2010.

 

Le carré en mars 2022
 

Le jardin clos du manoir du Fay (contexte)

Comme de coutume, le jardin clos du Manoir du Fay a été très certainement un jardin potager et nourricier, depuis 1612, comme pour la plupart des petits manoirs décrits par Xavier Pagazini[1] c’est-à-dire un des espaces clos réservés au seigneur, comme le figure plus tard le terrier de 1780 de la Seigneurie de Baons-le-Comte.

Au début du 20e siècle, M. Bernard Maignan, ancien locataire du manoir, nous a informé qu’une partie de ce jardin clos fut réservé à un petit potager et que le poireau était cultivé à son époque.

 

On aperçoit le jardin nourricier du manoir du Fay divisé en deux parcelles principales tel qu’il fut dessiné pour ce plan terrier.

LE MANOIR DU FAY Plan terrier de Baons le Comte 1780

ADSM FRAD076_12Fi_00

 

 

[1] La demeure noble en Haute-Normandie, 1450-1600, Xavier Pagazani, Renaissance, Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

 

Le jardin clos au temps de la grand-mère de Bernard Maignan au début du 20e siècle peu avant la guerre 14-18, vers 1912.

Le jardin clos au temps de la grand-mère de Bernard Maignan au début du 20e siècle peu avant la guerre 14-18, vers 1912.

Le jardin clos © IGN REMONTER LE TEMPS 1961, au temps des derniers locataires du manoir du Fay : on discerne le coin potager au gauche du cerisier actuel.

Le jardin clos © IGN REMONTER LE TEMPS 1961, au temps des derniers locataires du manoir du Fay : on discerne le coin potager au gauche du cerisier actuel.

Le jardin clos en 1985 © IGN REMONTER LE TEMPS : Le cerisier a poussé en taille, le potager a disparu.

Le jardin clos en 1985 © IGN REMONTER LE TEMPS : Le cerisier a poussé en taille, le potager a disparu.

© IGN remonter le temps - cliche 124 du 08-04 -1997  [Au temps du jardin biologique de l’A.N.E.T.H.]

© IGN remonter le temps - cliche 124 du 08-04 -1997 [Au temps du jardin biologique de l’A.N.E.T.H.]

 

Trois ans après que l'association ANETH se soit installée au jardin clos depuis le 1er septembre 1994, on aperçoit le jardin biologique nouvellement crée avec ses huit parcelles triangulaires.

Rangs de poireaux au jardin clos en 1996

           © manoir du Fay – Pascal Levaillant 1996

 

 

 

Rangs de poireaux au jardin biologique de l’A.N.E.T.H.

Crédit photo © A.N.E.T.H. 1998

 

 

Histoire et origine de la plante alimentaire

Le poireau

L’Allium Porrum L. (1753)

 

                                 Poireaux du jardin clos du Manoir du Fay, 2022 © Pascal Levaillant

Biologie et classification et variétés

« Plante bisanuelle ou prenne, à bulbe et aux feuilles basales, se recouvrant les unes les autres en un fût.

Le poireau commun est le plus cultivé. Divers autres types se sont répandus du centre d’origine, d’un pays à l’autre, dans les jardins familiaux notamment. Michel Chauvet classifie plusieurs groupes dont le Groupe Oignon-perle ; le Groupe Kurrat ; le Groupe Irani ; le Groupe Perpétuel ; le Groupe Porrum, en français poireau, leek en anglais. »

Histoire : pas si simple pour s’y retrouver

Michel Chauvet nous informe que le « poireau fait partie d’un « complexe Allium ampeloprasum » qui a été très discuté. Il existe des poireaux sauvages partout de la Méditerranées à l’Afghanistan, mais le poireau proprement dit est très proche d’Allium iranicum (Wendelbo) Wendelbo et Allium atroviolaceum Boiss., espèces proche-orientales. […] Au 1er siècle de notre ère, Pline (…) est plus précis : « on sème [le porrum] …plus serré si on veut avoir du poireau à couper (sectivum)…Si on le fait pousser pour la tête, avant le moment de le couper, on le repique dans une autre planche en rognant légèrement l’extrémité sans touche au blanc (medulla). […] Au Moyen Âge, le poireau apparait sous le nom de porros dans le capitullare de Villis (812), et de porrum et Lauch chez Hilledegarde. Le poireau a ensuite mis de nombreux siècles avant de perdre ses caïeux et son renflement basal. […] »

Ethnologie : de Néron aux Gallois

Michel Chauvet nous rapporte que « Pline (…) nous a laissé le souvenir d’un « porrophage » célèbre, qui avait au demeurant d’autres vices moins recommandables : « l’empereur Néron a récemment donné la célébrité au poireau à couper : il en mangeait à l’huile pour sa voix chaque mois à jours fixes, sans rien prendre d’autre, même du pain. »

« Le poireau doit à une légende rapportée par Shakespeare d’être devenu l’emblème national des Gallois. Ces derniers auraient porté un poireau sur leur chapeau pour se reconnaître lors d’une bataille gagnée sur les envahisseurs saxons en 640. »

Usages : aux vertus diurétiques, il de mange cuit ou froid en salade et en soupe

Michel Chauvet nous renseigne sur les usages répandus du poireau :

« Le poireau est habituellement consommé cuit. Quand on l’utilise comme légume, on préfère   souvent un poireau à long fût blanc. Il peut être servi chaud en accompagnant de divers plats, ou froid, en salade.

C’est un ingrédient indispensable de nombreuses soupes.  Certains préfèrent alors la partie verte des feuilles, au goût plus prononcé. C’est pourquoi les poireaux perpétuels ont survécu jusqu’à nos jours. »

Economie : 1/3 de la production mondiale est européenne.

« Les principaux producteurs sont la Turquie, la Belgique, la France, la Pologne, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne.

La production familiale de poireau est très importante. Une proportion croissante de la production est transformée en surgelé ou en déshydraté (pour les soupes industrielles).

Le poireau est surtout une production hivernale. Il est laissé en terre jusqu’à la commercialisation. »

Denis Langlois[1] dans son traité du jardin biologique du Manoir du Fay nous dit ceci à propos du poireau :

« Nos ancêtres connaissaient déjà la « cohabitation » pour les plantes, il est bien connu que la carotte repousse la teigne du poireau, tandis que le poireau éloigne la mouche de la carotte, d’où l’avantage d’alterner rang de carotte et rang de poireau »

Par ailleurs « le voisinage du poireau est favorable avec, dit-il encore, l’asperge, le céleri, le fenouil, le fraisier, le haricot, l’oignon, la tomate. En revanche le voisinage du poireau est défavorable avec le chou, et réciproquement »

 

En 1947, Jehan le Povremoyne, Contes des jours heureux et des autres, Editions H. Defontaine, rue Eau-de-Robec, Rouen, 1947, p. 107.

Jehan le Povremoyne livre des vieux remèdes de bonnes femmes qu’il a trouvé et prévient de ne pas le tenir responsable si le lecteur pouvait les employer, ce dont je m’accorderais à nommer l’objet de mal à soigner ici même :

« Maintenant vous pouvez essayer les poireaux. Prenez six ou sept blancs de poireau et coupez-les comme le doigt. Mettez-les dans la poêle avec du vinaigre. Laissez-les cuire jusqu’à la consommation du vinaigre. Prenez alors les poireaux, étendez-les sur un linge et appliquez-vous ce cataplasme sur le côté »

 

En 1947, Raymond Queneau[2]

Botanique

« Après avoir fait le poireau sous un tournesol merveilleusement épanoui, je me greffai sur une citrouille en route vers le champ Perret. »

En 1973, Jehan le Povremoyne[3]  cite :

« Grand-mère, l’œil à la vitre, regarde le ciel.

C’est février. Le jardin, sous la fenêtre, est « triste » son plant de poireaux maigres en arabesques sur mottes, ses ravenelles sans fleurs, ses rosiers morts et ses buissons de framboisiers qui ne sont plus que des bâtons sans feuille. »

En 1977, Raymond Mensire, Le patois cauchois, Société cauchoise de Presse et de Publicité, 76190 Yvetot, 1977

« Porette ou Poette : semis de poireaux ; jeunes poireaux à repiquer »

En 1982, Gérard Lozay cite une référence lexicale dans son étude : « Maupassant aux conteurs cauchois patoisants. Le passage à l’écrit d’un parler régional, article dans Etudes Normandes, 1982, p.26.

« Porette (plan de poireau à repiquer) »

En 1994, Roger Dubos, Dictionnaire du patois normand, Charles Corlet Editions, 1994, 108.

« Porett’. Poireau. Petits poireaux à repiquer. « J’te vas réquer la porett’. » Expression menaçante au début d’une partie de dominos : Je vais te faire perdre. Egalement menace au cours d’une dispute. »

En 2002, Le poireau dans tous ses états, Guy Jacquy, Editions Vivement Dimanche, 2002.[4]

Ouvrage incontournable et indispensable

« De petites différences, des nuances de couleur - le vert grisâtre du poireau de Paris, le carrément bleuté du Solaize, le presque jaune du Poitou - des différences de calibre - le très gros de Rouen ou d’Elbeuf, le monstrueux de Carentan, le long de Mézières et son cousin de Serbie - qui rendent les photos de famille plus jolies. Et puis il faut compter aussi avec leur adaptation au climat ! Il y a les frileux qui ne sont à point qu’en été ou à l’automne, et les plus vigoureux qui résistent aux hivers les plus froids. […] »

En 2005, Yves de Saint Jean[5] nous conte le pot-au-feu de Gigot d’Yvetot

Pot-au-feu de Gigot d’Yvetot[6]

« 1 gigot, carottes, navets, poireaux, céleri, oignons, ail (2 ou 3 gousses), 1 ou 2 clous de girofle, bouquet garni, sel, poivre.

Mettre le gigot à l’eau froide dans une marmite et porter lentement à ébullition. Faire cuire un quart d’heure ; saler et poivrer après avoir écumé.

 Ajouter les légumes, les oignons, dont un piqué d’un ou deux clous de girofle, l’ail et le bouquet garni. Laisser cuire une heure et demie.

Préparer une sauce en versant quelques louches de bouillon de cuisson sur un roux blanc fait avec le beurre et la farine.

Laisser cuire quelques minutes et ajouter la crème et les câpres. Rectifier l’assaisonnement. Servir la viande garnie de légumes et accompagnée de la sauce. »

Evoquer le gigot d’Yvetot prend tout son sens à propos de cette fiche consacrée au poireau cultivé au jardin clos du manoir du Fay. En effet le poireau entre dans la liste des légumes qui accompagne le gigot d’Yvetot. Le second point relie le gigot aux os de mouton qui habille le mur d’enceinte en bauge du jardin clos du manoir du Fay.

C’est une particularité architecturale de ce jardin clos où des os dépassent de la bauge du mur d’enceinte. Rappelons que la disposition des os en lignes parallèles se trouvent sur une bonne exposition sud-est propice à des végétaux disposés en treilles tels la vigne, les poiriers ou les pommiers adossés au mur à distance grâce à ce dispositif, respectueux de la longévité du mur.  A Yvetot en pays de Caux[7] notamment au 18e et 19e siècle l’élevage[8] était à son apogée notamment pour la laine. Le coton a supplanté la production de laine ainsi l’activité de l’élevage a fortement diminué. Le mouton fut très consommé à Yvetot ce qui a donné cette recette très prisée en pays de Caux.

Pour faire tenir les fruitiers il suffisait de recycler les os de mouton dans la bauge qui servaient ensuite à tenir les fils par le bout de l’os (vis) sans blesser le mur de bauge.

L’avantage des os de mouton au vu de leur double boursouflure (tête d’os) une fois fiché dans la bauge, l’os tenait prisonnier durablement et de plus il ne rouillait pas et n’éclatait pas.

Au manoir du Fay, les plus gros os des trouvent en rangée supérieure pour descendre par d’autres alignements dont les plus bas par des os de volaille (poulet), plus petit.

Denis Langlois, président de l’A.N.E.T.H.  a signalé à son époque le rôle que tenaient : « quelques poiriers accrochés à des os de moutons et de poulets encastrés dans le torchis du mur afin de soutenir les espaliers »[9

 

 

Ossement dans la bauge ©Pascal Levaillant 2016

Ossement dans la bauge ©Pascal Levaillant 2016

Ossement dans la bauge ©Pascal Levaillant 2016


[1] In : Le Manoir du Fay et son jardin biologique, Robert Tougard et Denis Langlois., p.22-23

[2] Botanique, in : Queneau, Exercices de style, Gallimard, Folio n°1363, 1947, p.131.

[3] Jehan le Povremoyne, Ma grand-mère paysanne, contes normands, 1990.

[4] Épuisé depuis 2004, Le Poireau dans tous ses états, n’était plus disponible que chez quelques bouquinistes. On peut le consulter librement :  https://docplayer.fr/79638611-Poireau-dans-tous-ses-etats.html#show_full_text

[5] Yves de Saint-Jean, Haute Normandie, Balades en Pays de Caux, Editions Vinarelle, 2005p. 63.

[6] Nos amis anglais le servent accompagné d’une sauce à la menthe.

Guillaume le Conquérant aurait-il laissé en souvenir cette vieille recette normande dont se régalait le roi d’Yvetot ? in : https://static.fnac-static.com/multimedia/editorial/pdf/9782737377020.pdf

[7] La richesse du Pays de Caux se traduit par la concentration sur la même surface de forts rendements culturaux et de chargements en bétail élevés. Ce phénomène semble assez ancien et dès 1665 l’Intendant de la Généralité de Rouen pouvait affirmer : (le Pays de Caux) « est très fertile en grains, et il y a grands nombres de troupeaux de moutons.» 9. in :  Voysin de la Noiraye, éd. Esmonin, 119, 1913. In : https://books.openedition.org/puc/1307?lang=fr

[8] Les moutons cauchois appartenaient à la catégorie dite des « moutons de parcs », nourris jadis sur les jachères et sur les communaux. Avant les bovins, ils bénéficièrent des prairies artificielles au début du XIXe siècle alors que les croisements de Mérinos avec la vieille race cauchoise permettaient une amélioration des toisons. Mais l’orientation changea vers 1830. Pour augmenter les qualités bouchères, les éleveurs tentèrent quelques croisements avec les races anglaises (Dishley) et négligèrent de plus en plus la production de laine. La concurrence des laines et des viandes étrangères sur le marché français, la désaffection du goût moderne pour la viande de mouton in : https://books.openedition.org/puc/1307?lang=fr

[9] In : Le Manoir du Fay et son jardin biologique, Robert Tougard et Denis Langlois.

En 2019, Annie Ernaux[1] cite la culture du poireau au jardin de son père à Yvetot, rue Clos des Parts, face au café-épicerie.

« Mon père « faisait » les carottes et les poireaux, le chou-navet, l’échalote, l’ail, la ciboule et le persil, l’oseille, le radis noir, les haricots à rames, mange-tout, à écosser - qui sécheraient tout l’hiver suspendus dans le grenier- les pois gourmands, les pommes de terre, qu’on dégustait, nouvelles, avec du beurre, les fraises dont je guettais en juin sous les feuilles le rougissement. Il « ne faisait pas » la tomate, l’asperge, l’épinard, le concombre, l’artichaut, qui, affirmait-il, ne « viennent pas par ici ».

Il ne faut oublier la fameuse recette de la soupe aux poireaux de Marguerite Duras : « Ou comment l’écrivaine nous a réconcilié avec le duo poireaux-pommes de terre : hommage à une écrivaine et à son potage. »[2]

Je voulais enfin vous signaler ce lien à propos du poireau :

http://yvesdesaintjean.over-blog.com/2020/10/humble-et-fidele-le-poireau.html

 

Le questionnaire Proustien de Levaillant

 à M. et Mme Lecossois, membres de l’association « Faire Vivre le Manoir du Fay » depuis 2014.

Le couple Lecossois 

Monsieur Lecossois, membre de l'association Faire Vivre le Manoir du Fay occupe efficacement et scrupuleusement le poste de trésorier depuis 2014. Mme Lecossois apporte son aide et son soutien lors des manifestations et les évènements associatifs.
Occasionnellement le couple  participe aux travaux de jardinage, ponctuellement car ils ont aussi à gérer leur propre jardin au clos des fonds où ils entretiennent une parcelle des jardins ouvriers et familiaux.
Jean Pierre  Lecossois en accord avec le CA, alloue une somme aux jardiniers  [Jean Denis et Geneviève]  afin qu'ils se procurent graines, produits et outils nécessaires à l'entretien du jardin clos qu'ils se fournissent au marché d'Yvetot le mercredi et le samedi.

- Quel rôle joue le poireau au jardin clos ?

Remplir un carré de différents légumes dont des poireaux

- Quel usage en avez-vous personnellement ?

Pour la soupe ou accompagner des viandes.

- Dans quel plat le préférez-vous ?

Avec la cuisson de la poitrine fraîche appelé vulgairement petit salé.

- Est-il présent dans votre propre jardin ?

Oui bien sûr.

- En cuisine quelle sensation éveille-t-il en vous ?

Pour la soupe c'est l'odeur, pour le petit salé c'est le velouté du poireau.

- Quel est votre conseil en qualité de jardinier ?

Variété bleue de solaise, résiste bien au froid, quand il est attaqué par le ver du poireau il suffit de couper les feuilles, il aura un arrêt de croissance sur le coup mais grossit à nouveau un mois après. Je ne traite jamais mes légumes.

- Quel est votre plante alimentaire préférée au jardin ?

Difficile à répondre car on aime tout, mais peut-être le céleri soit en branche soit le rave.

 

[2] Lire Duras et manger sa soupe - France Culturehttps://www.franceculture.fr › ... › Les Mitonnages de Jacky : Lire Duras et manger sa soupe, le 23/02/2019, Ou comment l’écrivaine nous a réconcilié avec le duo poireaux-pommes de terre : hommage à une écrivaine et à son potage.

 

 

 

En guise de conclusion je vous propose la recette inédite et véritable du gigot d’agneau à l’os de 11 heures à la mode d’Yvetot de et par Pascal Levaillant.

Prendre 1 gigot, l’équivalent d’un bol de carotte, d’un bol de poireau, d’un bol de navet, d’un bol de céleri branche, d’un bol d’oignons, de 3 gousses d’ail, de 2 clous de girofle, d’un bouquet garni, du sel et du poivre, de 50 cl de vin blanc ou de cidre, 10 cl de fine (calva) et d’un bon filet d’huile de colza.

Pour la sauce il faut du beurre, de la farine, de la crème fermière épaisse, des câpres, du persil et de l’ail.

Faire tout d’abord rissoler le gigot dans une cocotte sur un fond d’huile en double face.

Disposer le gigot, saler poivrer et disposer en fond de plat en terre les carottes, les navets, les poireaux, les branches de céleri, les oignons et l’ail recouvert des feuilles de céleri au préalable rissolée dans le jus de rissolement du gigot.

Jeter dessus 50 cl de cidre brut ou de vin blanc sec et 10 cl de fine (calva).

Enfourner dans le four préchauffé à 120° pendant 11 heures en prenant le soin d’arroser légumes et gigot au moins toutes les heures.

Servir avec la sauce à préparer au dernier moment et servir avec des patates préalablement sautées rissolées au persil et ail.

Pour la sauce il faut préparer un roux avec le bouillon de cuisson filtré. Ajouter la crème, saler, poivrer et pour compléter il faut ajouter des câpres ou du poivre vert selon son goût.

Bonne dégustation. Servir avec du cidre brut.

 

Les produits frais pour la recette

Du gigot à l’assiette © Pascal Levaillant 2022

 

Les légumes  bio pour la recette

Du gigot à l’assiette © Pascal Levaillant 2022

 

Le plat prêt à être enfourné pendant 11h00

Du gigot à l’assiette © Pascal Levaillant 2022

 

Le plat prêt à être dégusté

Du gigot à l’assiette © Pascal Levaillant 2022

 

Du gigot d'agneau à l'os à l'assiette © Pascal Levaillant 2022,

servi avec des petites pommes de terre sautées

Remerciements à l'association Faire Vivre le Manoir du Fay pour la publication sur son site, à la Ville d'Yvetot propriétaire des lieux, à Denis Langlois pour la mémoire de l’association ANETH, à Michel Chauvet, à Bernard Maignan, ancien locataire du manoir du Fay ainsi qu’à Xavier Pagazini, auteur, à Annie Ernaux, à M et Mme Lecossois, à Yves de Saint-Jean, à Queneau, à Le Povremoyne, à Mensire, à Gerard Lozay, à Roger Dubos, à Guy Jacquy, à IGN Remonter le temps, à France Culture, à l’ADSM et à MOVI NORMANDIE.

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 17:06

 

Fiche bimestrielle n°2 de Levaillant

"Des plantes alimentaires au jardin clos du manoir du Fay d'Yvetot", édition de la mi-janvier 2022.

Fiche réalisée par Pascal Levaillant, artiste botaniste, membre de FVMF depuis 2020.
Réf. scientifiques de la Société de Pomologie de la Région Normandie ;  de Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018, p. 623-624. ; de Pascal Bouchard, Didier Le Scour, auteurs de Pays de Caux, Des mots et des gens, Editions Garnier, 1981, chapitre le parler cauchois, p.172. ;  de Lebourgeois (P.), Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015 ; d'Annie Ernaux pour sa citation,  avec leurs aimables autorisations.


Le poirier de coq
et son fruit la PE de COC (ou CO)[1]

 

[1] Pascal Bouchard, Didier Le Scour, Pays de Caux, Des mots et des gens, Editions Garnier, 1981, chapitre le parler cauchois, p.172.

Le poirier de coq et ses poires de coq  au jardin clos du manoir du Fay à Yvetot.

Le poirier de coq et ses poires de coq au jardin clos du manoir du Fay à Yvetot.

Poirier de coq du pays de Caux, Normanville, poirier séculaire d’une masure cauchoise / Source document de Patrick Lebourgeois,  in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Poirier de coq du pays de Caux, Normanville, poirier séculaire d’une masure cauchoise / Source document de Patrick Lebourgeois, in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Le poirier de coq du jardin clos du manoir du Fay d’Yvetot.

 

Le poirier de coq est antérieur à l’acquisition du manoir du Fay par la Ville d’Yvetot en 1988 c’est-à-dire entre 1976 et 1988 car  ce n'est pas l’association A.N.E.T.H. qui l'a planté  en revanche elle a entretenu cet arbre fruitier dès 1994 date à laquelle la Ville d’Yvetot a confié la gestion du jardin clos du manoir du Fay.
 

Perspective sur la silhouette du poirier de coq, vu de la diagonale des arbres fruitiers (pommiers)

Le poirier de coq à l'automne portant ses fruits avant qu'elles soient lochées à partir de la Toussaint selon la maturité du fruit.

Le jardin clos du manoir du Fay (contexte)

Comme de coutume, le jardin clos du Manoir du Fay a été très certainement un jardin potager et nourricier, depuis 1612, comme pour la plupart des petits manoirs décrits par Xavier Pagazini[1] c’est-à-dire un des espaces clos réservés au seigneur, comme le figure plus tard un terrier de 1780 de la Seigneurie de Baons-le-Comte.

 

Au début du 20e siècle, M. Bernard Maignan, ancien locataire du manoir, nous a informé qu’une partie de ce jardin clos fut réservé à un petit potager et que le poirier de coq n’existait pas à son époque. Seul le cerisier avait remplacé un prunier au même endroit.

 

C’est entre 1976 et 1994 que le poirier de coq a été planté. On ignore par qui mais il se peut que ce soit la Ville d’Yvetot qui l’ait fait planter après 1988 ou avant par les anciens locataires : la famille Neveu.

Grâce à l’action de l’association A.N.E.T.H.[2] à qui la Ville a confié ce jardin clos en 1994 pour en faire en premier lieu notamment un jardin biologique, Denis Langlois se souvient avoir procédé à l’entretien et à la taille de ce poirier de coq. 

 

[1] La demeure noble en Haute-Normandie, 1450-1600, Xavier Pagazani, Renaissance, Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

[2] ANIMATIONS NATURE, ENVIRONNEMENT, TECHNIQUES HORTICOLES (ANETH) Association dirigée et animée par  Denis Langlois de 1994 à la fin des années 2000.

© IGN remonter le temps - cliche 176 du 08-04 -1997

© IGN remonter le temps - cliche 176 du 08-04 -1997

 

Trois ans après que l'association A.N.E.T.H. se soit installée au jardin clos depuis le 1er septembre 1994, on aperçoit le poirier de coq dans le même alignement que le laurier-sauce au bout de l’allée centrale coupant le jardin biologique en deux, partageant les huit parcelles triangulaires.

 

 

Histoire et origine de la plante alimentaire

Le poirier de coq est une variété de poirier à poiré.

Pyrus nivalis Jacq. (1774) - poirier à poiré

« Le « poirier des neiges » ou « poirier saugé » est répandu à l’état sauvage dans les bois clairs et ensoleillés du sud et du sud-est de l’Europe. Il a dû contribuer génétiquement à la formation de certains cultivars de poirier commun, comme le groupe des « Bergamotes ». Mais depuis de Candolle (1883), les botanistes considèrent que c’est lui qui a été domestiqué pour donner des poiriers à poiré. Les poiriers à poiré sont essentiellement cultivés en France (Normandie, Mayenne, Sarthe) et en Angleterre, où ils ont été introduits par les normands. Leur culture pourrait être plus ancienne que celle du pommier à cidre. On en trouve aussi ça et là en Allemagne, dans le nord de l’Italie… »[1]



Biologie et classification et variétés

Biologie et classification et variétés

Le poirier de coq est avant tout un poirier à poiré.

Michel Chauvet nous informe que le poirier à poiré est un « arbre atteignant 20 m de haut, inerme, à rameaux ascendants, tomenteux à l’état jeune puis noirâtres. Feuilles ovales et elliptiques, caduques, de 5-9 cm de long, à bord entier ou légèrement crénelé à l’apex, apex aigu et bas en coin. […] Pétales blancs et ovales.

 

La forme sauvage a des fruits globuleux, jaune verdâtre avec des taches pourpres. Le fruit ne s’adoucit que quand il blettit.

 

Les poiriers sont des arbres de plein vent, cultivés seuls ou en association avec les pommiers à cidre. Suivant les cultivars, ils ont des fruits piriformes, jaune verdâtre ou roux, et de taille petite à moyenne. »

 

Comme on peut souvent le constater en pays de Caux, battu par les vents d’ouest dominant, le poirier se trouve souvent dans les masures cauchoises comme, par exemple, dans la cour plantée du manoir du Fay où subsistent deux poiriers de coq multi séculaires (fin du 18e siècle)

 

Un des deux poiriers survivants a perdu définitivement son feuillage et s’est quasiment desséché.

 

Un jeune poirier de coq a été replanté dans la cour du manoir du Fay à proximité d’un poirier Fisé, non loin de la mare. Le poirier Fisé, donnant la poire de fisée, est fort appréciée dans le pays de Bray.

 

Usages

Michel Chauvet nous renseigne sur les usages du poirier à poiré : " Les poires sont trop acerbes et pierreuses pour être consommées crues. Elles sont transformées en poiré, qui est un vin de poire. Pour cela, les poires sont écrasées puis pressées, et le jus est mis à fermenter. Columelle mentionne déjà un vin de poire. En France, le poiré est produit en Normandie, comme le cidre, mais il est maintenant moins répandu que ce dernier. Il n’en a pas toujours été ainsi. Au XVIIIe siècle, il était la boisson habituelle de la vallée de la Seine, et est resté celle du Domfrontais, dans le bocage normand. Le poiré a peu à peu cédé la place devant le cidre et surtout le vin. Comme le cidre, le poiré peut se distiller en alcool. L’espèce est également utilisée comme porte-greffe du poirier commun "[2]

Dans le Calvados on nomme le fruit de ce poirier : « la poire caillou »

Aujourd’hui dans le pays de Caux on l’utilise pour réaliser de délicieux dessert aux poires comme les poires de coq au sirop nature ou cuite dans du vin ou du cidre, les poires de coq en douillon, la confiture de poire de coq.

Cuite dans du vin sa couleur après cuisson prend une teinte rouge.

Cuite au sirop de sucre recouvertes d’eau leur teinte reste rosée.

 

Quant à la poire de fisée ( poire à cuire du pays de Bray) le pâté de poire fisée est traditionnellement le gâteau de la Toussaint puisqu'il est encore servi à la table des brayons. Ce gâteau fameux est réalisé à base de poire de fisée cuite au jus plusieurs heures (eau et sucre) recouvrant les quartiers de poire.

Sur une base de pâte feuilletée étalée au fond d'un grand plat rectangulaire, les poires sont étalées une à une puis recouvertes d'une autre pâte feuilletée avant que la préparation soit enfournée au four environ trente-cinq minutes.

A partir de cette recette on peut envisager de réaliser cette recette avec des poires de coq.

 

En 1981, Pascal Bouchard[3] et Didier Le Scour décrivent ce fruit ainsi :

La poire de coq[4]

La PE

n.f.  Prononciation de poires. Les principales variétés sont la PE de COC (ou CO) ( à cuire), de BOUQUE ( pour faire des BOULOCHES), de Fise ( ou fusée) , de QUESI (pour faire du poiré), de Monsieur, de Margot, de DOI, et de BEDOI, de TORQUETTE (voir ce mot) …

 

En 2012, la société de pomologie a édité un ouvrage intitulé :  Le verger des terroirs de France, Fruits de Haute Normandie, Comité Régional de l’Union Pomologique de France[1] en partenariat notamment avec l’APHN.

Le président de la société de Pomologie de Haute Normandie, présidée par Jean Marc BEREPION m’a autorisé à communiquer cette fiche qui explique le poirier de coq.

La fiche précise ceci :

De Coq, Poire originaire de Haute-Normandie. Elle est répandue dans la région du Marais Vernier. Son nom viendrait du fait que les fermiers plantaient ces poiriers près du fumier pour lui apporter de l’ombre. Les poules et coqs venant picorer sur le fumier ne manquaient pas d’apprécier les fruits tombés au sol. Il existe un autre type de « De Coq », dont les fruits deviennent rouges à la cuisson.

Synonyme : « De sabot ». Elle ne doit pas être confondue avec la « De Coq » décrite par A.Leroy (1869).

Fruit : de moyen calibre, de petite hauteur, présentant un plus grand diamètre à mi-hauteur, sphérique et légèrement dissymétrique.

Epiderme : vert-jaune. Russeting partiel, réticulé.

Œil : situé dans une cuvette non côtelée, peu profonde et moyennement large.

Pédoncule : Long et moyennement fin, dans l’axe du fruit et non arqué, dans une cavité moyennement profonde.

Chair : crème, ferme, à la texture intermédiaire (entre fine et grossière) ; moyennement sucrée et acide.

Qualité : fruit peu juteux, sans parfum et peu gouteux.

Maturité de cueillette : tardive.

Durée de conservation : faible.

Période de floraison : Intermédiaire (entre précoce et tardive).

Caractère particulier : fruit parfois lavé de rouge à l’insolation.

 

Usages : fruit à cuire (pâtisserie et confiture), il est très utilisé pour confectionner des douillons. Il est aussi apprécié pour la fabrication de jus et de poiré.

 

 


[1] Éditeur : UPF, Diffuseur : Naturalia Publications, Date de parution : 2012.

En 2015, Lebourgeois (P.)[5], Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015).

Le poirier de coq ; élément identitaire du clos-masure cauchois. Le plus souvent planté près de la toise à fumier pour son apport en azote. Reconnaissable à son écorce et à sa greffe en tête protubérante.   La poire de coq (du latin Coquere : cuire) : Fuit à peine piriforme, presque rond de 5 à 8 cm, épiderme bronzé. Chair blanche devenant rouge à la cuisson. Fruit à consommer cuit. Maturité : octobre.

 

[1] Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018, p. 623.

[2] In : Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018, p. 623-624.

[3] In : Pascal Bouchard, Didier Le Scour, Pays de Caux, Des mots et des gens, Editions Garnier, 1981, chapitre le parler cauchois, p.172.

[4] In : Pays de Caux - Résultats Google Recherche de Livreshttps://books.google.fr › books

Pascal Bouchard, ‎Didier Le Scour · 1981 · ‎History

[5] Cerlanguais, Patrick Lebourgeois est un passionné d´histoire. Il est l´auteur de nombreux articles et de l´ouvrage "Le Pays de Caux, vie et patrimoine" publié aux Editions des Falaises.

Document de Patrick Lebourgeois,  in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Document de Patrick Lebourgeois, in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Poirier de coq de Gommerville, La Vallée - document de Patrick Lebourgeois,  in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Poirier de coq de Gommerville, La Vallée - document de Patrick Lebourgeois, in : Pays de Caux, vie et patrimoine, Editions des Falaises, Rouen, 2015

Le questionnaire Proustien de Levaillant à moi-même, membre de l’association « Faire Vivre le Manoir du Fay) depuis 2020.

 

  • Quel rôle joue le poirier de coq au jardin clos ?

 

« La poire de coq est un arbre fruitier incomparable pour la saveur de son fruit à la cuisson. Durant deux siècles ce dessert populaire fut servi sur de nombreuses tables cauchoises. Cependant le poirier de coq tend à disparaître, un à un, dans les cours des masures cauchoises.

Il trône dans la cour plantée plutôt qu’au jardin sauf au jardin clos du Manoir du Fay d’Yvetot. Après la Toussaint l'association  Faire Vivre le Manoir du Fay  vend  durant une bonne quinzaine de jours  les poires pour les amateurs, chaque jeudi après-midi. »

 

      -    Quel usage en avez-vous personnellement ?

 

« Personnellement, je connais ce fruit depuis ma tendre enfance.  j’utilise ce fruit presque à maturité c’est à dire à partir de la mi-octobre  jusqu'au 15 novembre pour le cuisiner au sirop ou au vin rouge.  Il n’est pas interdit de le cuisiner au cidre comme l’ont fait beaucoup de cauchois.

Bernard Maignan m’a raconté que sa grand-mère faisait cuire les poires de coq au cidre, c’était de 1930 à 1942 m'a-t-il  confié récemment. Quant à mon oncle Jean Levaillant, il aimait manger ce fruit en morceau cuit quelques heures dans le jus  (eau et sucre) que ma grand-mère Leonie Levaillant faisait cuire. Elle trouvait les poires de coq  dans les cours de la ferme de la Sécheresse entre le Nouveau Monde et le Bois Lambert pres d'Hericourt. Léonie Levaillant qui habitait le Nouveau Monde, hameau d'Hautot Saint Sulpice  cuisinait aussi  ces poires de coq en tarte avec un fond de tarte qu'elle confectionnait et pétrissait elle-même. »

Aujourd'hui, dès je mange la poire de coq, c'est en quelque sorte ma "madeleine de Proust". 

En effet la célèbre "madeleine" de Proust n'est qu'une formule inspirée du "chant de la grive" de Chateaubriand au 18e siècle dans le parc de Montboissier et/ou de "la pervenche" de Rousseau au 17e siècle à Chambéry comme quoi  finalement Proust n'a rien "inventé" : Rousseau lors de ses promenades  voyant sous ses pas la pervenche, à chaque fois il se souvenait des jours heureux passés avec Mme de Warens à Chambéry  aux Charmettes.

 

      - Dans quel plat le préférez-vous ?

 

« Personnellement, j’aime manger le fruit avec sa peau, cuit dans du vin rouge ou alors cuit en douillon.

Ma mère, Anne Marie Levaillant, nous préparait ce fruit au jus, au vin et en douillon mais très exceptionnellement. Tout le mois de novembre nous mangions ainsi le hareng mariné avec des pommes de terre vapeur et en dessert, la poire de coq au jus. Jusqu'à ses 83 ans Anne Marie a cuisiné la poire de coq. »

 

      - Est-il présent dans votre propre jardin ?

 

« Je n’ai pas de poirier de coq dans mon jardin cependant je sais où les trouver à Yvetot et alentours. »

 

      - En cuisine quelle sensation éveille-t-il en vous ?

 

«J’aime le fondant légèrement granuleux incomparable du fruit contenu dans sa peau cotie et la saveur du jus de cuisson qui parfume par ailleurs les yogourts ou que j’ajoute à une compote de pomme : c’est d'ailleurs ma version préférée de la compote à la poire. »


       -   Quel est votre conseil en qualité de jardinier ?

 

« Je conseille de le planter si vous avez une cour car cet arbre peut vivre centenaire et sa production est abondante. »


     -  Quel est votre plante alimentaire préférée au jardin ?

 

« J'adore le pissenlit pour le déguster à la vinaigrette avec des œufs durs. »
 

 

Bocal stérilisé de poires de coq au jus, cuites dans du vin rouge avec du sucre et servies pour être prêtes à déguster en les prenant par leur pédoncule, comme il se doit, selon la tradition.

La poire de coq se croque ainsi en la tenant par son pédoncule.

 

J’aurai pu vous citer Maupassant qui aimait les douillons sauf que dans sa nouvelle

« Le Vieux » du 6 janvier 1884,  il n’évoque que les douillons aux pommes contrairement à une légende erronée qu’on peut trouver sur le Net.

 

J’ai donc relu les auteurs normands, Guy de Maupassant, Raymond Mensire, Jehan le Povremoyne … en vain. Il faudrait que j'examine les textes de l’abbé Alexandre pour compléter on ne sait jamais. Pascal Bouchard et Patrick Lebourgeois citent l’usage de ce fruit.

 

En relisant « la femme gelée » d’Annie Ernaux,  j’ai déduit, d'après sa description, que le fruit qu'elle mangeait  chez sa tante Elise me faisait fait penser à la poire de coq, ce qu’elle me confirma en me répondant ainsi :

 

« Aucun doute, il s'agit d'une poire de coq (pé dé co, en patois cauchois), j'en mangeais aussi chez mes parents. »[1]

Lors de notre dernière rencontre en décembre 2021, elle se souvint de les nommer aussi « poires coties » selon un terme souvent utilisé au pays de Caux pour l’avoir entendu à la maison chez mes parents.

Voici donc une citation de choix car confiée par une cauchoise de cœur, née à Lillebonne et ayant vécu à Yvetot de 1945 à 1963 : Annie Ernaux.

" [...] Pas plus que la tante Elise, tanguante de graisse mais vive, un peu cracra, chez elle je sortais de dessous le lit avec des dentelles de moutons accrochées à ma robe, je tournais et retournais une cuiller mal décrottée avant d’oser fendre la peau plissée de ma poire au jus."

In : La femme gelée, Annie Ernaux, Gallimard 1981, Folio, p. 11.

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Remerciements à l'association Faire Vivre le Manoir du Fay pour la publication sur son site, à la Ville d'Yvetot propriétaire des lieux, à Denis Langlois pour la mémoire de l’association ANETH, à Michel Chauvet,  à Jean Levaillant, à Annie Ernaux, à Pascal Bouchard, à l'association de Pomologie, à Bernard Maignan, un ancien locataire du manoir du Fay ainsi qu’à Xavier Pagazini, auteur.

 

[1] Pascal Levaillant : Extrait de ma correspondance avec Annie Ernaux, Novembre 2021.

Le poirier de coq historique de la cour plantée du Manoir du Fay, un des deux poiriers de coq  multiséculaires, le mieux conservé.

Le poirier de coq historique de la cour plantée du Manoir du Fay, un des deux poiriers de coq multiséculaires, le mieux conservé.

La fiche 3 sera consacrée à un légume du potager : le poireau -  à paraitre vers la mi-mars 2022'

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 18:29
Pascal Levaillant présente deux mosaïques à la 5e Biennale de Mosaïquesennord 2021 à Hazebrouck  du 11 novembre 2021 au 9 janvier 2022
Un prochain rendez-vous avec l'art de la mosaïque

Un prochain rendez-vous avec l'art de la mosaïque

Je vais présenter deux mosaïques créées spécialement pour Mosaiques en Nord

Elle seront visibles dans deux des quatre sites dédiés à cette 5e biennale de mosaïque.

C'est la cinquième fois consécutive que j'ai été sélectionné pour cette biennale de mosaïque. 

 

Mon projet avec la pierre de Pernes 2021
 
[Le mur du développement durable circulaire] carré de mosaïque et assemblage © Pascal Levaillant 2021
Une œuvre faite de pierre et de bouse : une première mondiale

 
La visée du projet et une représentation d’un fragment du mur du développement durable et circulaire, un mur imaginaire incarnant la solidarité, le clos protecteur, l’anti mur frontière.
 
Ce mur est érigé avec des fragments de pierre de Pernes aux tonalités grises et ocres et des mini briques de matières végétales et animales assemblées dans un format carré de 50X50 cm encadré de bois flotté.

Plutôt que construire entre les hommes des murs, construisons des murs de résistance à l’inhumanité.
 
Fait de pierre, de matières végétales et animales, ce mur au carré incarne la biodiversité du monde présente dans les règnes, minéral (pierre), végétal (lichen, chanvre…) et animal (grebon savoyard, (charbon de brebis et/ou de chèvre et/ou boulette et paille séchée), daté de 1970 provenant de Bonneval-sur-Arc en octobre 2019)).

 

Mon projet "Matières et Variations" 2021

Channel n°65 carré bleu - Les maux bleus de l'estran 2021

Ce format évoque l'estran devenu une décharge à ciel ouvert, jonché des rebuts de l'homme moderne peu soucieux de l'impact de ces plastiques, de ces déchets sur l'environnement terrestre et marin que représente l'estran, "territoire du vide" selon Alain Corbin.
A la fin de l'hiver, certaines communes du littoral tentent de tout racler sur certaines plages avant la venue des estivants pour enlever les déchets gisant dans la laisse de mer mais elles emportent tout y compris la biodiversité présente depuis la nuit des temps.
En fait ce sont que les polluants (briquets, cartouches maillage de filets, bouteilles, jouets etc. ) qu'il faut prélever et non les bois flottés, les capsules, les coquillages, les algues... qui servent de refuge naturel à la faune et à sa reproduction.
Le titre des maux bleus incarne cette problématique suite à mes ramassages sélectifs de matières polluantes sur l'estran, ce que je fais depuis 2008.
Ici ce sont des cartouches de chasse et des briquets.
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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 07:25
Le laurier-sauce a été planté  par l'association de l'ANETH au début des années 90, premiers locataires du jardin clos.

Le laurier-sauce a été planté par l'association de l'ANETH au début des années 90, premiers locataires du jardin clos.

"Des plantes alimentaires au jardin clos du manoir du Fay d'Yvetot", édition du 15 novembre 2021.

Fiche bimestrielle n°1 de Levaillant créé pour l'association Faire Vivre le Manoir du Fay. 

Fiche réalisée par Pascal Levaillant, artiste botaniste, membre de l'association Faire Vivre Manoir Fay depuis 2020.
Références scientifiques de Michel Combornac, créateur du jardin botanique d'Yves Rocher, auteur des plantes du Moyen Âge, Edition EDISPO, 1996, p. 83.
et de Michel Chauvet auteur de l'encyclopédie des Plantes alimentaires, Belin Editeur, 2018, p. 367-368., avec leurs aimables et exceptionnelles autorisations.


le Laurier-Sauce
Laurus L. (1753)
Laurus nobilis L.
ou "Lauros" de Charlemagne

crédit photo Pascal Levaillant 2021



 

Le jardin clos du manoir du Fay

 

Comme de coutume, le jardin clos du Manoir du Fay  a été très certainement un jardin potager et nourricier, depuis 1612, comme pour la plupart des petits manoirs décrits par Xavier Pagazini[1] c’est-à-dire un des espaces clos réservés au seigneur, comme le figure plus tard un terrier de 1780 de la Seigneurie de Baons-le-Comte.

Au début du 20e siècle, M. Bernard Maignan, ancien locataire du manoir, nous a informé qu’une partie de ce jardin clos fut réservé à un petit potager et que le laurier n'existait pas avant que le manoir soit vendu à la Ville d'Yvetot.  

Ce n’est qu’après l’acquisition de cette propriété par la Ville d’Yvetot, à la fin des années 1980, que ce laurier fut planté un peu plus tard  grâce à l’action de l’association ANETH à qui la Ville a confié ce jardin clos en 1994 pour en faire notamment un jardin biologique.

En 1997, le laurier-sauce apparait déjà clairement sur les vues aériennes d’IGN.

 

[1] La demeure noble en Haute-Normandie, 1450-1600, Xavier Pagazani, Renaissance, Presses universitaires François-Rabelais, 2014.

Extrait du Plan terrier de Baons-le-Comte, ADSM 1780 FRAD076_12Fi_00

Extrait du Plan terrier de Baons-le-Comte, ADSM 1780 FRAD076_12Fi_00

Trois ans après que l'association ANETH se soit installée au jardin clos depuis le 1er septembre 1994, le laurier a trouvé sa place à droite du potager biologique dessiné en huit parcelles triangulaires à cette époque.

Trois ans après que l'association ANETH se soit installée au jardin clos depuis le 1er septembre 1994, le laurier a trouvé sa place à droite du potager biologique dessiné en huit parcelles triangulaires à cette époque.

Histoire et origine du lauros de Charlemagne


Michel Combornac indique l'origine de cet arbuste en Asie mineure et plus largement de la Méditerranée précise également Michel Chauvet plus récemment.
De l'actuelle Turquie il a été introduit en Grèce avant le 8e siècle avant J.-C.…
Son rôle mineur au Proche-Orient va être bouleversé grâce à la mythologie grecque par l'intermédiaire de Daphnée et d'Apollon s'en faisant une couronne a contribué à sa renommée. Plus tard "chez les Romains", "le laurier est spécialement consacré aux triomphes. [...] Pline mentionne 2 variétés, de Delphes et de Chypre."

Michel Combornac ajoute qu'il est "répandu par la culture dans toutes les zones tempérées et qu'il se vit attribuer des propriétés magiques et fut le symbole de la gloire et de la paix."

Biologie et classification


Famille : Lauracées
Michel Chauvet nous informe que "le genre Laurus ne comprend que 2 espèces, L. nobilis, et une macaroésienne, L. Azorica (Seub. Franco). Ce sont des arbres et des arbustes dioïques de 2 à 15 m de haut. Baie noire ou pourpre-noir de 1-2 cm de long. Le laurier ne donne de fruits que dans la région méditerranéenne " 

- Usages


Michel Combornac indique qu'il se vit attribuer des propriétés magiques et fut le symbole de la gloire et de la paix.

Michel Chauvet nous renseigne sur ses usages nombreux : "Le laurier est pacifique, puisque brandi même entre les ennemis armés, il est signe de trêve. Messager surtout de joie et de victoires pour les Romains, il est joint aux lettres, aux lances et aux javelots des soldats[...] Le bâton de laurier a aussi la réputation de protéger de la foudre et des maladies, ainsi que de purifier l'air et l'eau"

 

- Economie


Michel Chauvet note que "Le laurier   est présent dans la plupart des jardins méditerranéens. On le trouve aussi dans une bonne partie de l'Europe, où il est parfois détruit par les fortes gelées, mais où il rejette de souche. Facile à obtenir, le laurier fait l'objet d'un commerce limité. Ce commerce est estimé à 2000 t au niveau mondial. La Turquie est de loin le principal fournisseur, suivie par le Maroc, l'Albanie et Israël." 

Le questionnaire Proustien de Levaillant à l’un des jardiniers du jardin clos du manoir du Fay de l’époque actuelle depuis près d’une décennie :

Aujourd’hui c’est François Martot, Président de l’association Faire Vivre le Manoir du Fay qui y répond.

 

Les jardiniers se retrouvent chaque jeudi après-midi pour jardiner. Ces dernières années, ils ont redessiné le jardin potager pour lui laisser des espaces dédiés à des actions culturelles, patrimoniales et pédagogiques.

 

 

  • Quel rôle joue le laurier-sauce au jardin ?

 

« Le laurier "sauce" -même si ce n'est pa son nom officiel- est avec le cerisier un des arbres les plus emblématiques du jardin-clos :

 

- il a une envergure très supérieure à beaucoup des lauriers sauces de jardins privés

 

- il se plaît très bien là où il est situé à l'abri des vents et aussi des froids venant de l'est car il est protégé par le mur d'enceinte en bauge ce qui fait de lui un des plus beaux lauriers de notre région

 

- il ne gêne pas l'aménagement du jardin -clos, est à une distance raisonnable du mur d'enceinte qu'il ne menace pas, contrairement à certains arbres poussés spontanément et dont nous demandons la disparition

 

- il est le seul arbre du jardin-clos producteur de feuilles aromatiques utilisables en cuisine.

 Dans le jardin-clos du manoir il est surtout décoratif et il nous arrive d'en donner de petites branches à des visiteurs, notamment celles qui poussent assez bas et qui peuvent être dangereuses pour le public. »


      -    Quel usage en avez-vous personnellement ?

 

« Personnellement, je ne l'utilise qu'en assaisonnement dans des plats en sauce ; je sais que ses feuilles et ses baies peuvent être utilisées en pharmacie mais ne suis pas assez compétent. »

 

  • Dans quel plat le préférez-vous ?

 

« Personnellement, nous ne manquons jamais de placer des feuilles de laurier sauce dans une blanquette de veau. »

 

 

  • Est-il présent dans votre propre jardin ?

 

« Nous avons un laurier sauce dans notre jardin mais sa croissance est très lente, probablement parce qu'il est mal situé, victime des vents dominants et des froids »

 

 

  • En cuisine quelle sensation éveille-t-il en vous ?

 

« Dans ces plats en sauce, il apporte un arôme qu'on ne trouve pas ailleurs ; on peut aussi dire qu'il anoblit un plat compte tenue de la symbolique ancienne qui existe autour du laurier »

 


       -    Quel est votre conseil en qualité de jardinier ?

 

« Je ne suis pas un professionnel mais je conseillerais de planter un laurier sauce dans un endroit protégé du vent et de l'est car c'est plutôt un arbre de régions au climat plus doux. Dans le jardin-clos du manoir il est surtout décoratif et il nous arrive d'en donner de petites branches à des visiteurs, notamment celles qui poussent assez bas et qui peuvent être dangereuses pour le public. »


7- Quel est votre plante alimentaire préférée au jardin ?

 

« J'adore les légumes frais consommés juste après avoir été cueillis et notamment les haricots verts ; notre ambition et toutefois de diversifier les légumes produits dans le jardin-clos et de redécouvrir des légumes traditionnels oubliés ; nous avons par exemple produit des topinambours »
 


 

 

En conclusion voici quelques citations à propos du laurier.

 

"Les lauriers se trouvent beaucoup mieux à leur place dans un civet de lièvre que sur la tête d'un glorieux"
Frédéric Dard, artiste, dialoguiste, écrivain, romancier, scénariste (1921-2000)



« Je vais où le vent me mène
Sans me plaindre et m'effrayer
où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier. »


 Antoine-Vincent Arnault, La feuille, Fables, tome second (1827) 

 

"Quand le vase était plein, l’eau devait couler dans la rainure interne de la feuille, et se suspendre en gouttes à la pointe des feuilles avant de tomber à terre. Ce sont de grandes feuilles longues, de laurier ?" 

In : Gustave Flaubert, Notes de voyages, II, Louis Conard, 1910 (Œuvres complètes de Gustave Flaubert, Paris, L. Conard, 1910, tome V, p. 179-287).

 

Remerciements

à l'association Faire Vivre le Manoir du Fay pour la publication sur son site ;

à François Martot pour ses réponses au questionnaire ; 

à la Ville d'Yvetot, propriétaire des lieux,

à Denis Langlois pour la mémoire de l’association ANETH ;  à Michel Combornac ;

à Michel Chauvet ; à Bernard Maignan, un ancien locataire du manoir du Fay ; 

à Xavier Pagazini, auteur ; 

à IGN remonter le temps - vues aériennes ; 

aux Archives Départementales de Seine-Maritime.

 

La fiche 2 sera consacrée à un fruitier : Le Poirier de coq et sa "pé de cô",  à paraitre vers la mi-janvier 2022'huile

Le laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

Le laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

Le laurier sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

Le laurier sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

Les baies du laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

Les baies du laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2021

A droite du manoir du Fay apparait la silhouette du laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2020

A droite du manoir du Fay apparait la silhouette du laurier-sauce, crédit photo Pascal Levaillant 2020

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