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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 12:03

Histoire du patrimoine de la Ville d’Yvetot

 

La mosaïque de pavement

 

de l’Hôtel de ville d’Yvetot (1922)

 

 

D’après les entretiens et propos recueillis en 2009 auprès de Jacqueline Lefebvre, fille de M. Festa Giovanni, elle-même ancienne maire-adjointe de la ville d’Yvetot sous les mandats de Pierre Bobée (1959-1995), de son fils Jean-Jacques Lefebvre en 2021,

ainsi qu’auprès d’Éric Dente petit fils de Silvio Dente

Pascal Levaillant, janvier-juin 2022

Cet  article est susceptible d'évoluer en fonction de mes recherches en cours.

M.Dente Silvio et M.Festa Giovanni ont été les artisans de la réalisation de la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot.

Concernant les motifs de cette mosaïque de pavement, le végétal est interprété au milieu du pavement entouré de divers motifs géométriques à l’aspect décoratif.

 

La mosaïque de pavement  est restée longtemps une énigme d'autant que les archives municipales d'Yvetot sont muettes à son égard :  pas même l'ombre d'une archive la signalant, pas l'ombre d'un artisan la mentionnant.

Lorsque je me suis intéressé à cette mosaïque en 2008, personne n'a pu à ce moment me renseigner. Puis à la rencontre de René Gilles, celui-ci m'a informé que Jacqueline Lefebvre en savait bien plus que lui sur ce sujet. J'ai donc rencontré et interviewé Jacqueline Lefebvre à son domicile rue Clos des Parts à Yvetot en 2009.

- Si les archives peuvent rester muettes, les hommes le sont moins et c'est surement cela l'essentiel. -

Avant-propos et repères historiques à propos de la mosaïque à travers les âges.

Avant d'évoquer et de décrire le contexte qui a présidé à cette mosaïque de pavement de l'Hôtel de ville d'Yvetot réalisée peu avant 1922, je voudrai vous faire découvrir très brièvement l'histoire de la mosaïque.

La première mosaïque date du 4e millénaire avant J.-C. réalisée en petit cônes de terre cuite conservée au Muséum de Berlin - Mosaïques du temple Stone-Cone dans le district d'Eanna à Uruk IV, exposées au musée de Pergame à Berlin, en Allemagne.

La mosaïque de pavement a été appliquée sur le sol ce qui est connu depuis l'antiquité en Grèce et autour du bassin méditerranéen : c'est l'image qui surgit au sol de l'assemblage des pièces de céramique, de terre, de tesselle en céramique, de galets, de marbre posées et assemblées. 

A partir du 3e siècle après J.C., l’art de la mosaïque est largement diffusé par les Romains autour de la Méditerranée.
Dans notre région de la Normandie, en Seine-Maritime, la mosaïque antique est connue et présente notamment à Lillebonne (Juliobona), aux Andelys, en passant notamment par les contrées de la forêt de Brotonne, d’Elbeuf

Depuis, au cours des deux derniers siècles, la mosaïque a été appliquée sur quelques édifices religieux comme à Rouen, à Lisieux…

Quant à la mosaïque contemporaine dans notre région, on peut admirer des formats et des fresques notamment à Varengeville-sur-Mer, à Louviers, à Neuville-les Dieppe…
En revanche, à Yvetot, la mosaïque de pavement de l'Hôtel de Ville reste assez méconnue.

Peu valorisée jusqu’à ce jour, voici son histoire.

1922, le nouvel Hôtel de Ville

Conçu par W. Cargill et Franche, architectes, le nouvel Hôtel de Ville vit le jour et fut inauguré en grande pompe en 1922.

William Cargill avait auparavant conçu  l'hôtel de Ville de Montivilliers (inauguré le 18 juin 1911.

« Avant 1914 la municipalité doit se résoudre à la création de l'actuel édifice qui fut placé devant le précédent...

Après la guerre, les travaux reprennent, et le lundi 3 mai 1920 le nouvel et actuel Hôtel de Ville est ouvert au public. Il sera inauguré, le 4 juin 1922 en présence de Henry Cheron, ministre de l'agriculture, et de M.Bocheux, maire et conseiller général d'Yvetot.[1] »

 

[1] Extraits du guide d'Yvetot, 1976 et guide d'Yvetot 1992, Archives Municipales

 

 

La mosaïque de pavement de l'Hôtel de Ville d'Yvetot visible au premier étage a été réalisée vraisemblablement entre 1919 et 1920. Néanmoins l'édification de la Mairie a commencé en 1913-1914. Les travaux  furent interrompus pendant la Grande Guerre. Les travaux reprirent après-guerre jusqu'à son achèvement en 1920-1921

 

 

Bref historique chronologique des grandes étapes et évènements de la Ville d’Yvetot

Cet édifice a remplacé l'ancien, situé à proximité celui qui existait auparavant.

Le premier bâtiment de l’Hôtel de Ville « est édifié en 1832, sur l’initiative du maire de l’époque, monsieur Bourdon-Bénard […] Auparavant et postérieurement à la Révolution, la mairie fut installée dans une maison qui appartenait à la famille d’Albon et où fut célébré le 26 juin 1793 le premier mariage civil : celui de Pierre Montier et Marie Victoire Bucaille. »[1]

Yvetot 1904[2]

 
 

[1] In : Mémoire en Images- Yvetot Laurence Abensur-Hazan, aout 2007, Editions Alan Sutton - St Cyr-sur Loire, p.70 et 71.

[2] Avec l’aimable autorisation de Michel David, cartes postales anciennes de sa collection

Yvetot 1907

Yvetot 1908

Yvetot 1909

 

1920-1921 - Phase de démolition de l’ancien Hôtel de Ville[1]

 

En 1920[2]

La chronique locale fait état des décisions et des délibérations du Conseil Municipal, sous la présidence de M. Bocheux, maire.

« M. le Maire informa que, par décret du 7 février 1920, la ville est autorisée à emprunter la somme de 329,000 fr. pour achever la construction du nouvel hôtel-de-ville. Le Conseil vote un emprunt de la dite somme à contracter au Crédit foncier pour une période de 30 ans, au taux de 7,87 0/0 et nécessitant une imposition de 29 centimes 2/10. Le Conseil sera appelé à statuer en mai sur la réalisation d’un second emprunt de 71,000 fr.. »

 

[1] In : Archives Municipales de la Ville d’Yvetot.

[2] In : Réveil d’Yvetot, 3-6 mars 1920, archives de la médiathèque Guy de Maupassant, CCYN

Le lundi 3 mai 1920, le nouvel et actuel Hôtel de Ville est ouvert au public.[1]

Un peu plus tard à l’automne

« Notre vieille mairie va enfin disparaitre. Depuis jeudi matin, une équipe d’ouvriers des adjudicataires, M.M. Lapert et Foulard, de Paris, travaille à la démolition du vieil édifice branlant, depuis longtemps déjà dans un état lamentable. 

« Pendant que les uns enlevaient les fenêtres du bâtiment principal, d’autres ouvriers s’attaquaient au violon, situé en bordure de la rue de l’Etang et qui n’existe plus maintenant qu’à l’état de souvenir. Les travaux sont poussés activement et il est probable que la place de l’Hôtel-de-Ville sera complètement dégagée pour le Congrès du 7 novembre. On sait que c’est sur cette place que doit avoir lieu, ce jour-là, l’émotionnante cérémonie du « Salut au Drapeau », qui sera, en même temps, un salut au nouvel édifice communal pour lequel on ne pouvait rêver manifestation inaugurale plus grandiose »[2]

                Nouvel Hôtel de Ville, fin des travaux en 1921  et  l’Hôtel de Ville avec plus tard le Monument de la Victoire (1923-1924)

Fin des travaux 1921 après la fin de la démolition de l’ancien hôtel de Ville.


[1] Extraits du guide d'Yvetot, 1976 et guide d'Yvetot 1992, Archives Municipales

[2] In : Le Réveil d’Yvetot, 23 octobre 1920, archives de la médiathèque Guy de Maupassant, CCYN.

Cadran d’horloge vu de l’intérieur du grenier de l’Hôtel de Ville

Crédit photo, Pascal Levaillant, 2006

« Les travaux de pose de l’horloge du nouvel-Hôtel, de Ville, commencés lundi dernier, ont été achevés jeudi soir. L’horloge a été aussitôt mise en mouvement. La démolition de l’ancienne mairie est poussée très activement et ce soir samedi les derniers pans de mur seront à terre. Il ne restera plus qu’à opérer l’enlèvement des matériaux et le nivellement de la place. »[1]

 

La mosaïque de pavement semble avoir été posée entre 1919 et 1921. c'est une mosaïque de près de 80 m2 qui  a été posée par Giovanni Festa et Silvio Dente, cimentiers et mosaïstes italiens qui sont devenus yvetotais par la suite.

Crédit photo Dominique Clatot, avec son aimable autorisation

Comme le signale Didier Clatot[1] dans son opus consacré à Jean Hétru, né la veille de l’inauguration de l’Hôtel de ville en 1922 :  

« Le campanile n’existait plus en 1992 quand Jean Hétru réalisa à l’occasion du 70e anniversaire de cet Hôtel de ville un spectacle « pyromélodique », combinant son et lumière avec feu d’artifice. C’est ce campanile imaginaire qui témoignait de ce qu’il avait « entendu dire » : histoire des rois d’Yvetot, fondation de la République (14 juillet oblige) et de ce qu’il « avait vu » : manifestations sportives, culturelles, carnavals, etc… 7 décennies Jean Hétru illustrait de façon sonore ces évènements qui s’appuyaient sur des textes écrits et lus par Jacques Tanguy, historien, né à Yvetot. »

 

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20FiYVETOT10 - Yvetot, le nouvel hôtel de ville. 

Les élus d'aujourd'hui autour de Francis Alabert, Maire-Adjoint chargé des travaux, des relations avec les bailleurs sociaux et du personnel communal qui présidait cette commémoration en l'absence excusée d'Emile Canu, maire. Françoise Deniau parmi les officiels avait donné la veille une conférence autour de l’architecture du bâtiment.

Préparée par Mme Renelle, au rez-de-chaussée est encore visible une Exposition de l’Hôtel de Ville retraçant notamment la construction et l’évolution du bâtiment en association avec une exposition de croquis de l’Hôtel de Ville.

 

La mosaïque réalisée par Pascal Levaillant, encadrée par François Maletras, encadreur yvetotais, 

à l'occasion de l'anniversaire des 100 ans de l'Hôtel de ville d'Yvetot.


[1] In : Didier Clatot, Jean Hétru, Editions  Caravel Création, Fauville-en-Caux, 2017.

 

Le dévoilement

Francis Alabert, Virginie Blandin, Françoise Deniau et Alain Canac

 

symboles décoratifs  de cet Hôtel de ville : le chêne et l'olivier

 

 

En 2009, grâce à M. René Gilles, ancien Maire-adjoint à la Culture sous les mandats du Docteur Pierre Bobée, Maire d'Yvetot, cherchant à me renseigner sur l’origine de la création de la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot, M.René Gilles m’a invité à contacter Mme Jacqueline Lefebvre, fille de M. Festa, ce qui par la suite m’a conduit à contacter également la famille de M.Silvio Dente.

C’est ainsi que Mme Jacqueline Lefebvre m’appris que M. Silvio Dente et M.Giovanni Festa, son père avaient travaillé sur la mosaïque de pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot et dans l'ancien Hôtel de Ville de Lillebonne devenu aujourd’hui Juliobona, musée Gallo-Romain. L'ancien hôtel de ville de Lillebonne fut construit en 1837, puis il fut agrandi à de nombreuses reprises dont de 1904 à 1906.  « Il répondait d'ailleurs au théâtre romain par un vocabulaire antique en façade qui lui valut le surnom de Maison Blanche [1]. »

 

Leur premier chantier : la mosaïque de pavement de l’ancien Hôtel de Ville de Lillebonne

Mosaïque du hall d’entrée de l’ancien hôtel de ville de Lillebonne (actuel musée Juliobona, le musée gallo-romain à Lillebonne) zoom 1 © Caux Seine agglo 2021

Est inscrite « dans le marbre » la mention suivante : Mosaïque composée d’après celle de Juliobona retrouvée ici en 1870 Liberté - Egalité - Fraternité – 1906.

A deux autres endroits de chaque côté de l’entrée principale figurent deux inscriptions.

En entrant dans le Musée, sur le coin gauche de l’entrée en pénétrant dans le hall est inscrit dans le marbre : O. Vedova[1] – mosaïste 4 Rue d’Amiens – Rouen et de l’autre côté dans le droit en entrant figure cette autre signature :  A. Lequeux – Architecte – Rouen.

On en peut en déduire que  Silvio Dente et Giovanni Festa ont été embauchés par Osvalde Vedova, mosaïste rouennais, maître d’œuvre pour exécuter les motifs de cette mosaïque de pavement.

 

 

[1] Ce mosaïste, maitre d’œuvre de cette mosaïque de pavement est répertorié comme artiste exposant des tableaux de mosaïque à l’exposition nationale et coloniale de Rouen en 1896. Il reçut une médaille d’argent à cette occasion. Catalogue officiel en vente à Rouen et à Paris, Catalogue. 121. In : https://archive.org/stream/expositionnation00expo_2/expositionnation00expo_2_djvu.txt et in : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/Exposition_nationale_%26_coloniale_de_Rouen_en_1896_-_catalogue_officiel_%28IA_expositionnation00expo_1%29.pdf

 

En 2009 et en 2021, la famille Festa-Lefebvre se souvient :

En 2009, Mme Jacqueline Lefebvre relate quelques souvenirs :

              « Tout comme M. Dente venu d'Italie pour trouver du travail sur la région du Havre, mon père Giovanni Festa s'est retrouvé sur les mêmes chantiers que M. Dente. Mon père s'est installé à Yvetot et de là il a su faire perdurer son activité. Il a contribué en qualité de cimentier à l'édification de monuments comme ceux de Latham à Caudebec-en-Caux, Nungesser et Coli à Etretat, Coste et Bellonte à Saint-Valery-en-Caux. »

Son père a résidé dans une maison en co-résidence avec M. Silvio Dente à Yvetot, maison construite par Dente et Festa dans laquelle les deux familles ont habité, chacun de leur côté.

 

               « Cette maison se trouve au carrefour de la rue de la Brème et rue Rodin à Yvetot. Aujourd’hui la façade n'a pas beaucoup changé, notamment du côté Dente, un peu plus côté Festa où des travaux ont été effectués, modifiant la symétrie de l'ensemble. »[1]

Giovanni Festa, le père de Jacqueline Lefebvre a travaillé également à la réhabilitation de l'ancienne Halle aux grains devenue salle de Théâtre et de Cinéma en 1925. Il a exercé, dit-elle, son métier de mosaïste et de créateur de granité dans des châteaux de la région, dans certaines maisons à Yvetot, dont celle de sa fille Jacqueline, rue Clos-des-Parts qu’elle m’a d’ailleurs fait visiter à l’occasion de nos échanges en 2009. Lors de cette visite de sa maison rue Clos des Parts, elle m’a donné des cubes de céramique polychrome qui ont appartenu à son père Jean (Giovanni)

Suite à ces interviews et à ces échanges avec Jacqueline Lefebvre, je rencontre une première fois Sylvie Hubé et Bruno Dente, deux des trois petits enfants de Silvio Dente. Souhaitant les recontacter en 2020, c’est la fille d’Eric Dente qui m’a orienté vers son père, le troisième petit-fils de Silvio Dente. 

M.Eric Dente a pu m’aider à compléter les informations recueillies en 2009 auprès de Bruno, décédé entre temps en 2015.

Ces personnes m’ont confirmé une partie des informations relatées par Mme Jacqueline Lefebvre.

En 2021, Jean-Jacques Lefebvre, fils de Jacqueline Lefebvre me transmet des documents de ses archives familiales.

N’ayant pu compléter mes informations par Jacqueline Lefebvre dans la dernière décennie, je suis allé à la rencontre de son fils Jean-Jacques.

Son fils m’a renseigné sur l’état civil de son grand-père Giovanni Festa.

Giovanni (Jean), Crescensino Festa est né en 1889 à Bornasco en Italie.

Arrivé jeune au Havre il a travaillé dans la région avec Silvio Dente avant de s’installer à Yvetot quelques temps après avoir achevé les travaux de mosaïque du chantier de construction de l’Hôtel de ville d’Yvetot.

Giovanni (Jean) a épousé Suzanne Callais avec qui ils eurent trois enfants : l’ainée Christiane (Sœur Marie Antoine) fut religieuse - née en 1924 décédée en 1942 ; la seconde fille fut Jacqueline que les yvetotais ont bien connu – née en 1927, décédée en 2020 et Michel lui est né en 1928, décédé en 1998.

La famille de Giovanni Festa s’installa rue de la Brème et plus tard rue Clos des Parts aux numéros 6 et 8.

Les maisons des 6 et 8, Rue Clos des Parts ont été entièrement pavées et réhabilitées par Giovanni avec son fils.

En 1968, Michel Festa – fils de Jean (Giovanni) - qui travaillait depuis tout jeune avec son père prit la succession de l'Entreprise FESTA et Giovanni cessa toute activité et pris une retraite bien méritée.

Jean (Giovanni) Festa est décédé en 1974 à Yvetot à l’âge de 85 ans.

Jacqueline Lefebvre, née Festa - avant de devenir la première maire-adjointe de Pierre Bobée jusqu’à son dernier mandat, de créer l’association ISA en 1988 qui intervient dans le domaine de l’insertion professionnelle sur le secteur Yvetotais et de fonder en 1994, rue des Chouquettes, VET NET – exerçait le métier de couturière tout en donnant des cours de couture - formation au CAP - dont beaucoup d’yvetotaises profitèrent.

Elle eut deux enfants dont un fils que j’ai rencontré pour cette occasion. Ainsi les photographies familiales m’ont été transmises par Jean-Jacques Lefebvre.

Crédits photos, Jean Jacques Lefebvre

 

[1] Citation de M. Eric Dente, septembre 2020

Giovanni  Crescensino Festa – Jean Festa

Giovanni, Suzanne Callais son épouse, la fille ainée qui fut religieuse, Jacqueline et Michel

Giovanni, Suzanne, Jacqueline et Michel

Giovanni, Suzanne, Jacqueline et ses deux enfants

Jacqueline devant la camionnette de l’entreprise Festa

Jacqueline et ses deux enfants devant l’entreprise Festa, rue de la Brême à Yvetot.

Vase colonne sur embase crée par Giovanni Festa (collection particulière)

Table en granito et mosaïque (tesselles en céramique) crée par Giovanni Festa

(Collection particulière)

 

Monument à Etretat en 1927 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé

Monument de Latham à Caudebec-en-Caux en 1928 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé

Monument de Coste et Bellonte à Saint-Valery-en-Caux en 1932 sur lequel Silvio et Giovanni ont travaillé.  In :  Le Courrier Cauchois, Edition du 28/08/2015

La famille de Silvio Dente se souvient :

La famille de Silvio Dente se souvient :

M. Eric Dente rappelle que M. Silvio Dente est né en Italie en 1890 et il est décédé en 1959. A son arrivée en France a 13 ans il a travaillé à Nice puis très rapidement il est venu au Havre pour le travail en qualité de cimentier et de mosaïste pour travailler notamment au chantier de rénovation de l'Hôtel de Ville de Lillebonne. Il avait 14 ans. Ce chantier au rez-de-chaussée de l’ancien Hôtel de Ville s’est déroulé de 1904 à 1906. La mosaïque de pavement du vestibule est signée et datée à 1906.

Après le Havre Silvio travaillé sur des chantiers dans certaine maison d’Yvetot comme celle de Robert Lemonnier en 1909 et dans d’autres maisons de la rue du Calvaire et de la rue Carnot. Puis il s’est installé directement à Yvetot pour travailler notamment sur le chantier du nouvel Hôtel de Ville d'Yvetot.

Il a travaillé immédiatement dans les métiers du Bâtiment et sur les chantiers de maçonnerie ainsi que sur différents chantiers tels que le monument de Latham à Rétival en bord de Seine et dans des maisons pour la décoration intérieur (pavement).

Après quelques années, resté en Normandie, il s'est implanté dans la région. Il a créé sa propre entreprise que l'on connait encore aujourd'hui : les carrelages DENTE.

L'activité a évolué comme les hommes, comme les métiers souligne Éric Dente, un de ses petits-fils.

Le fils de Silvio, Gilbert, a travaillé avec lui à partir des années 1948-1949. Ils faisaient tous deux à cette époque du granito coulé sur place ainsi que des monuments funéraires.

A partir de 1958, peu avant le décès de Silvio, Gilbert a créé la manufacture de carrelages Dente.

Gilbert Dente a investi dans des machines pour fabriquer du carrelage en granito et des marches en granito que l’on peut trouver dans certains immeubles d’Yvetot construit à cette époque.

Il fabriquait également des dalles en marbre reconstitué.

 Gilbert a fourni notamment tous les carrelages et les escaliers des immeubles H.L.M. d’Yvetot.

Son cousin Michel Dente l’a rejoint dans les années 1960.

Gilbert Dente, fils de Silvio est décédé en 1990.

Éric Dente après avoir travaillé avec son père de 1977 à 1982 a quitté la région. En 1983 ce fut Bruno Dente qui remplaça Éric Dente et quand Gilbert Dente a pris sa retraite en 1985, Bruno a repris la société avec Sylvie jusqu'en 2011 reprise ensuite par Ér Dente et son fils Sylvain.

Puis récemment Éric Dente a pris sa retraite en 2019. Laura, La fille d’Éric Dente a est venue rejoindre son frère Sylvain.

Il s’agit donc actuellement de la quatrième génération à la tête de l’entreprise Dente. 

Eric le petit-fils de Silvio Dente accompagné de Laura et Sylvain Dente, ses enfants, septembre 2020, crédit photo Éric Dente.

 

1949

 

Activités de la famille Dente et de la famille Festa en 1949

In : Almanach 1949 du Courrier Cauchois, pages 6 et 31, collection privée

 

 

1967-1968

 

L’activité Dente à Yvetot

In : Annuaire d’Yvetot et de son canton, édité sous le patronage de la municipalité, Edition 1967-1968, archives Lapert

In : Annuaire d’Yvetot et de son canton, édité sous le patronage de la municipalité, Edition 1967-1968, archives Lapert

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

 

 

 

L’activité Festa à Yvetot en 1968

 

Jean Festa est Giovanni

Michel Festa est son frère, cimentier

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

L’activité professionnelle de Jacqueline Lefebvre, fille de Giovanni Festa

In : Le Pays de Caux, annuaire-guide de la région cauchoise, page Yvetot, 1968, archives Lapert

 

 

Arrêtons-nous sur les principaux motifs de la mosaïque de pavement

 

La mosaïque, fragments d’histoire.

Dans l’histoire de l’humanité on peut signaler les premières mosaïques datant du quatrième millénaire avant J.C.

Il s’agit de mosaïques de cônes.

On peut facilement considérer plusieurs âges en ce qui concerne l’avènement et le développement de la mosaïque.

L’incrustation de poterie était déjà connue à une époque très reculée chez les Sumériens, les Hittites.

à Uruk,  vers le 4e millénaire av J.-C. - période proto-urbaine - période d'Uruk récent - Mosaïque provenant d'un temple dédié à la déesse Inanna à Eanna près d'Uruk exposée à Berlin en Allemagne, Vorderasiatisches Museum (SMPK).

In : Mosaïque provenant d'un temple dédié à la déesse Inanna à ...https://www.photo.rmn.fr › archive

à Ur (Our) on peut dater les premières découvertes majeures sous l’aspect de panneaux en ivoire ou en nacre ornés de mosaïques : parcelles de lapis-lazuli scellées au bitume (mosaïque dite de l’étendard provenant des tombes royales d’Our, début du 3e millénaire avant J.C. (British Museum) L’étendard d’Ur est une œuvre sumérienne retrouvée dans ce qui était le cimetière royal de l’ancienne cité d’Ur (située dans l’actuel Irak, au sud de Bagdad). L’étendard d’Ur date d’environ 2650 avant J.C., il a été découvert par l’archéologue britannique Leonard Woolley dans les années 1920.

In : https://lewebpedagogique.com/etatsecritures/files/2017/06/3.3.-Nouvelle-activit%C3%A9-Ur.pdf

Peu employée en Egypte, la mosaïque devait connaître son plein essor en Grèce et dans l’empire romain.

La technique de l’appliqué fut utilisée en Egypte au moins dès le troisième millénaire avant J.C.. : on a retrouvé dans les tombes de cette époque des fragments de tissus, agrémentés de scènes comparables à celles des peintures de ces tombes, exécutées par application cousue de tissus de couleurs différentes. De même en Chine au VIIIème siècle avant J.C.

L’appliqué est un ouvrage constitué de pièces assemblées par superposition et cousues, débordant les unes sur les autres ou cousues sur un fond plus grand.

On peut entendre par « patchwork » un ouvrage fait de morceaux de tissus différents assemblés par couture, collage etc…en France on parle du patchwork comme une technique d’ouvrage fait de morceaux cousus bord à bord.

Fermant cette parenthèse, on s’aperçoit que ces formes d’agencements géométriques et décoratifs sont proches et ils ont en commun d’être nés dans la latinité, au bord du bassin méditerranéen.

Le vocable « mosaïque »

Le mot mosaïque viendrait des origines des « musaea », grottes naturelles ornées ou artificielles consacrées aux muses dans l’empire romain ornées au moyen de ce musivum opus (musium).

La mosaïque est devenue art musival : La mosaïque - musivale surtout - a produit des œuvres visuelles grandioses en couleurs et formes, qui, observées de loin, offraient une image).

Tentative d’interprétation des motifs du pavement de l’Hôtel de Ville d’Yvetot

Ces motifs (antique et néo-classique) ont été souvent appliqués fin du 19e siècle- début du 20e siècle notamment intégrés au temps de l’Art Nouveau.

 

Les motifs de la mosaïque

Les variations des motifs sont soulignées par des techniques de pose afin d’accentuer les courbes, l’ondulation contenue dans la rigueur de l’opus regulatum.

Les motifs géométriques (tradition de l’antiquité) côtoient les motifs végétaux que l’on retrouve dans la mosaïque romaine.

En mosaique romaine il existe la technique de L'opus vermiculatum (du latin vermiculus , vermisseau) est une technique de mosaïque antique qui forme des lignes sinueuses, propres au dessin figuratif.

La technique de l’opus L’opus tessellatum (du latin tessella, cube, dé à jouer) est la forme courante de mosaïque antique. Cette technique de mosaïque convient bien aux dessins géométriques et est notamment employée pour les motifs de remplissage ou les fonds : Les tesselles sont disposées en rangées horizontales, mais sont décalées. 

Dans la technique de l’opus circulatum, les tesselles sont disposées en cercle afin de souligner le motif central ou à mettre en valeur.

Dans la technique de l’opus regulatum, les tesselles sont disposées régulièrement ;

Dans l’opus musivum, les tesselles du fond suivent les contours du motif afin d’apporter de l’énergie et du mouvement au motifs.

Les motifs végétaux semblent représenter soit les feuilles et baies du laurier, soir les rameux d’Olivier.

Le laurus nobilis est un motif comme on le voit dans des mosaïques de l’antiquité - Emblema de mosaïque avec des satyres Dionysos et entouré d'une couronne de laurier (Laurus nobilis). Rome. Italie - le laurier sauce (laurus nobilis) est peu représenté avec sa baie toutefois sa symbolique est censée représenter la paix et l’immortalité acquise par la victoire surtout par la sagesse et l'héroïsme, d'où l'origine de la couronne de laurier.

Mais l’antiquité a développé également les feuilles et fruits de l’olivier en rameaux avec ses fruits.

Dans le contexte d’après-guerre en 1918, on peut imaginer que la commande fut de recourir à la symbolique de l’olivier qui est souvent associée à « la paix retrouvée ».

Il est fréquent que les sculpteurs sur pierre ou que les décorateurs (mosaïstes) ont été inspirés de la symbolique des végétaux tout en s’amusant à les réinterpréter à leur façon, selon leur imagination avec parfois une grande liberté artistique et fantaisie.

En revanche pour celle qu’ils ont posé à Lillebonne, avant-guerre leur inspiration  assumée fut en rapport avec les motifs et la symbolique de la  mosaïque de Juliobona découverte à la fin du 19e siècle, exposée à Rouen au Musées Beauvoisine.

 

 

Entrelacs et hexagones

 

Autres entrelacs

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Hexagones et cubes 

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

Motif de large tresse polychrome, motif récurrent en France gallo-romaine

 

Opus regulatum encerclant un motif floral

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Rameaux d’olivier

Crédit photo, Pascal Levaillant 2018

Autres rameaux d’olivier (feuilles et fruits)

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

Motifs encadrés par des alignements opus regulatum

Enroulement de rameaux

 

Composition végétale entourée d’opus vermiculatum

Crédits photos, Pascal Levaillant 2018

 

Zoom sur un médaillon opus circumactum

Crédit photo, Pascal Levaillant 2018

 

Texte conçu et réalisé par Pascal Levaillant images et documents d’archives recherchés et rassemblés par Pascal Levaillant

2010-2022

 

Remerciements à

René Gilles ; Jacqueline Lefebvre et Jean-Jacques Lefebvre son fils ; Eric, Bruno et Sylvie Dente ; la Ville d’Yvetot ; Emile Canu ; Françoise Deniau ; Christine Renelle, Hervé Roger ; Didier Clatot ; F. Maletras ; La ville de Lillebonne ; Caux Seine Agglo ; les archives Lapert ; Le Courrier Cauchois ; Michel David (extraits de sa collection de cartes postales anciennes ) ; Jean-Philippe Pupin, les archives de la médiathèque Guy de Maupassant-CCYN-Yvetot, les Archives Départementales 76 …

Bonus -  Hôtel de Ville

Après 1924

ADSM 76 - 11Fi5291 - Yvetot, Hôtel-de-ville

 

A l'occasion de la pose de la première pierre de l'eglise d'Yvetot -1952

On reconnait Marcel Richard, Maire

 

DBM 2005

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  • : Le blog de Pascal Levaillant artiste seinomarin
  • : ce blog a vocation de compléter par des articles et documents visuels mes pratiques artistiques (elles sont multiples)l
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